Yoko Ogawa - La marche de Mina
mercredi 09 avril 2008
Tomoko a 12 ans lorsqu’elle part vivre pour un an chez sa tante et son oncle. Son père vient de mourir et sa mère décide de reprendre ses études pour améliorer sa situation professionnelle. Aussi confie-t-elle Tomoko aux bons soins de sa sœur et de son mari allemand, directeur d’une usine de boissons. Lorsque Tomoko arrive dans leur maison de style hispanique, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à elle : coutumes, habitudes alimentaires, tout y est différent et fascinant. Un hippopotame nain vit dans le jardin, La grand-mère Rosa parle un japonais bien particulier et son oncle roule en voiture de luxe… Mais c’est surtout auprès de sa cousine Mina d’une année sa cadette, petite fille à la santé fragile, passionnée de littérature et d’une extraordinaire sensibilité, qu’elle découvre les pouvoirs de la fantaisie et de l’imagination. Tomoko, perdue depuis la mort de son père, trouve sa place dans cette maison et vit auprès de cette famille une année qu’elle n’oubliera jamais.
Ogawa explore un genre pour lequel on la connaît moins : le roman d’apprentissage. Après cette année passée avec cette famille, Tomoko ne sera plus la même, ses horizons auront changé, sa vision du monde aussi : la notion d’étranger, l’altérité, la guerre de 39, les secrets de famille sont des éléments nouveaux pour elle. Mina collectionne les boîtes d’allumettes illustrées, à l’intérieur desquelles elle invente l’histoire que lui inspire l’image. Dans ce monde imaginaire minuscule, elle évolue telle une princesse en son royaume et en ouvre la porte à Tomoko. Ici, contrairement au reste de l’œuvre de Ogawa, point d’étrange ni d’inquiétant mais de la fantaisie et de la tendresse à chaque page.
Le texte est très beau, sensible et délicat et très poétique : “Si vos oreilles émettent un drôle de bruissement, ne les frottez pas trop fort. Parce que dans la plupart des cas, ce sont les anges qui recousent leurs ailes sur vos lobes.”
On tombe immédiatement sous le charme des personnages, en particulier celui de Mina, touchante et juste. Comme Tomoko, on éprouve la chaleur humaine qui règne dans cette maison. Devenue adulte elle pose d’ailleurs sur eux un regard tendre et nostalgique. “J’ai encore à porter de main la photographie prise ce jour-là, comme un précieux souvenir renfermant le souvenir des jours d’Ashiya (…) Chaque fois que je regarde la photo je me surprends à murmurer. Tout le monde est là. Tout va bien. personne ne manque.” Mais, de même que les jours s’écoulent lentement et paisiblement, le récit avance doucement… et certains passages paraissent longs.
Même si je préfère Ogawa un brin mystérieuse et cruelle, La marche de Mina révèle un autre aspect de son immense talent et s’inscrit dans un nouveau cycle à découvrir. (voir l’article sur Amours en marge)
“Même si un livre ouvert était retourné sur la table du solarium, madame Yoneda ne prenait jamais sur elle de le ranger. De l’autre côté des pages, se dissimulait un monde inconnu, et le livre retourné en constituait la porte d’entrée, si bien qu’elle ne pouvait pas le manipuler à tort et à travers. Afin que Mina ne s’égare pas.”
Yoko Ogawa, La marche de Mina, Actes Sud, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
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1 commentaire Ajoutez le vôtre
1. Camille | avril 14th, 2008 at
Ouille ouille ouille, un nouvel Ogawa? Et qui paraît original et beau en plus! Merci de nous permettre de nous tenir au courant de la (bonne) actualité littéraire
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