Sándor Márai - L’héritage d’Esther

mercredi 06 juin 2007

heritage.jpgsmiley.gifIl y a quelques semaines, je découvrais Sándor Márai avec Métamorphoses d’un mariage. Je poursuis mon exploration de l’œuvre avec L’héritage d’Esther paru en 1939, réédité chez Albin Michel en 2001. Dans ce court roman, j’ai retrouvé les grandes qualités de l’écrivain : une parfaite intelligence des situations, une grande maîtrise du récit. Mais ici, l’intrigue resserrée le rend autrement plus palpitant.
Esther la sage, la raisonnable, a aimé Lajos, le menteur, l’escroc il y a plus de vingt ans. Pourtant, celui-ci l’a dépossédée de tous ses biens avant de s’enfuir. Or, le voilà de retour après des années de silence. Que vient-il chercher ? C’est la question que se pose Esther… et le lecteur. Le climat est en effet assez vite installé, l’intensité du moment palpable et le huis clos annoncé oppressant. Tout comme Esther, nous attendons, nous l’attendons lui pour que tout explose enfin : la passion retenue, les mensonges, les non-dits. Leur confrontation se joue comme une pièce de théâtre, un moment tendu à l’extrême. Construite comme telle d’un point de vue formel (une seule journée dans une maison), elle l’est aussi à la façon dont les personnages se comportent : la vie est une scène où l’on n’est jamais vraiment soi-même, où le destin s’accomplit malgré nous. « Il m’a fallut du temps pour comprendre le sens profond de cette visite. La visite avait commencé comme un numéro de cirque ambulant et a fini comme…non, la fin, le départ ne ressemblait à rien. Cela s’est terminé si simplement au fond. Lajos est parti, la journée s’est achevée – et avec elle, une partie de notre existence. Et nous avons continué à vivre. » Rideau. Dernier acte dramatique d’une pièce commencée vingt ans plus tôt, écrit dans une langue sobre juste et d’une grande élégance, L’héritage d’Esther est un petit texte magistral à lire sans s’arrêter.

Sándor Márai, L’héritage d’Esther, traduit du hongrois par Georges Kassai et Zeno Bianu, Livre de poche.

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