Rosetta Loy - Ay Paloma

dimanche 10 juin 2007

ay-paloma.jpgItalie, août 1943. La guerre semble avoir oublié ces familles bourgeoises fuyant les bombardements des villes dans un hôtel aux airs de villégiature. Les adolescents jouent au tennis, vivent les premiers émois des amours d’été, se découvrent, s’effleurent. Le temps, cet été-là, suspend son vol…jusqu’au 8 septembre, date de l’écroulement du régime fasciste et de la chute de Mussolini qui sonne le glas de l’insouciance des adolescents obligés de choisir un camp. Adultes trop vite. “Comme si ce mois d’août avait marqué le partage des eaux entre le calme écoulement de l’enfance et la bousculade impétueuse et désordonnées de sentiments nouveaux lancés ensemble dans un goulet étroit comme celui où se précipitait l’Evançon.On entend une douce rengaine “Ay, una paloma, blanca como la nieve, blanca como la nieve”, une colombe, blanche comme la neige… à la mode cette année-là. Mais c’est une colombe de paix qui ne peut rien dans un pays en guerre.
La narratrice a 12 ans à l’époque et elle se souvient. De la douce lumière du soleil d’été “qui s’en va, prêt à disparaître derrière la montagne”, du cœur qui bat plus vite à la vue de son premier amoureux Augusto, des “grandes” tellement plus jolies qu’elle, de la peur aussi : “Même la peur éprouvée pendant le premier bombardement de Rome, quand le soir j’avais vu le ciel dramatiquement rougi par les incendies, n’est plus en moi. Le calme de ce ronronnement qui se perd dans l’absolu de la lune accompagne mon sommeil dans le lit près de celui de ma sœur, comme autrefois le petit bonhomme des rêves que j’imaginais venir répandre sa poussière magique sur les paupières des enfants endormis.” Son regard ingénu de fillette pourtant si réceptif et douloureusement conscient des événements, relayé par celui de la femme qu’elle est devenue, donne à ce court récit toute sa force.
Rosetta Loy nous offre un texte d’une grande intensité, un roman initiatique poétique et subtil sur l’horreur de la guerre qui fait grandir les enfants trop vite, quand c’est déjà si compliqué de grandir tranquille… Et si la douce paloma hante les mémoires, c’est bien que l’innocente colombe à jamais souillée ne pourra plus voler. Un très beau texte.

Rosetta Loy, Ay Paloma, Rivages, traduit de l’italien par Françoise Brun.

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