Négar Djavadi, Désorientale

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Une salle de l’hôpital Cochin. La narratrice est assise là, à attendre une insémination artificielle. Et tandis que l’attente n’en finit pas, elle remonte le temps pour nous, remet le disque au début et raconte son Iran, avant Khomeiny, sa famille, ses ancêtres, sa culture. Car tout est lié, et tout mène à ce moment précis, dans cette salle de l’hôpital Cochin.
Kimiâ est née deux fois. Une première fois en Iran au début des années 70 (Face A), une deuxième fois à Paris dix ans plus tard, quand ses parents, des intellectuels opposants au régime, seront obligés de fuir.
Face B ou le temps douloureux de l’exil.

Kimiâ aimait l’Iran, cette famille joyeuse brillante et bruyante, cette lignée extraordinaire, ses légendes, l’odeur du jasmin dans la cour de l’immeuble. Et pourtant, très vite, elle grandit avec l’idée qu’elle n’est pas à sa place ou qu’elle ne saura pas la trouver. Combien d’années d’errance ensuite dans ce nouveau pays d’accueil qu’elle fuira aussi, avant l’apaisement et la volonté d’être mère à son tour.
C’est un livre d’une richesse impressionnante, merveilleusement construit, qui suit les tours et les détours de la mémoire et de l’Histoire pour nous apprendre l’Iran et poser avec justesse et tendresse de nombreuses questions : la place de la femme dans la société irannienne, la sexualité, la quête identitaire, la douleur du partir, les liens familiaux qui construisent pour le meilleur et pour le pire. Un roman humain aux mille couleurs, du harem flamboyant aux geôles de la dictature, éclairant et très touchant. Et puis l’exil. A l’heure où l’on ne parle que de ça, qui sait vraiment ce que cela signifie, si ce ne sont les exilés ?

« A vrai dire, rien ne ressemble plus à l’exil que la naissance. S’arracher par instinct de survie ou par nécessité, avec violence et espoir, à sa demeure première, à sa coque protectrice, pour être propulsé dans un monde inconnu où il faut s’accommoder sans cesse des regards curieux. Aucun exil n’est coupé du chemin qui y mène, du canal utérin, sombre trait d’union entre le passé et l’avenir, qui une fois franchi se referme et condamne à l’errance. »

 

Négar Djavadi, Désorientale, Liana Levi

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