Modiano - Dans le café de la jeunesse perdue

jeudi 20 décembre 2007

cafe-jeunesse.jpgEncore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne.
Louki l’absente. Qui était-elle ? Que cherchait-elle ? Trois hommes qui l’ont connue éclairent peu à peu des tranches de vie de cette jeune femme mystérieuse qui leur a échappé. Ils la racontent, ils cherchent son empreinte et des réponses à leurs questions en retournant sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Louki a toujours cherché à s’effacer, à partir : des fugues quand elle vivait avec sa mère, l’abandon du domicile conjugual et jusqu’à son prénom -Jacqueline- qu’on lui a ôté. “Je crois bien qu’elle se sentait soulagée de porter ce nouveau prénom. Oui. Soulagée.” C’est surtout elle-même que fuit “Louki Le Néant” comme elle s’est rebaptisée. Fuir et trouver un point fixe où se poser, où être soi. “Il faut trouver un point fixe pour que la vie cesse d’être ce flottement perpétuel” disait déjà la Petite Bijou. Mais Louki ne peut pas : ni l’amour, ni le mysticisme, ni la “neige” ne peuvent l’aider.

Modiano, c’est un peu mon rêve familier, celui “étrange et pénétrant d’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ” (Verlaine). Un Eternel retour dans ce Paris des années 60 et ces lieux de passage que ses personnages hantent - les cafés, les hôtels. “Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres.”
Et cela me touche toujours. J’aime la simplicité de sa langue poétique, la délicatesse de ses non-dits, la fragilité des personnages - la nôtre, la sienne -, la nostalgie qui émane de chacun de ses mots.
Dans le café de la jeunesse perdue est une nouvelle variation sur la quête de sens. Mais une fois encore, il n’apporte pas de réponse. Pour Louki, comme pour les autres, il ne reste que la fuite, l’absence. Et toujours cette question : que reste-t-il d’un homme ou d’une femme ? Quelques souvenirs, un livre annoté, un carnet où votre nom apparaît. C’est tout.
Les personnages de Modiano s’échapperont encore. Tant mieux. Ainsi Modiano poursuivra sa recherche. Et inlassablement, je l’accompagnerai.
Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard

Entry Filed under: Littérature française

1 commentaire Ajoutez le vôtre

  • 1. fbmarin  |  janvier 28th, 2008 at

    La musique rétro et nostalgique de Modiano, comme une rengaine. Pas d’étoile jaune ici, mais comme d’habitude la peur de vivre, la mort comme cachet d’aspirine. Un Modiano de plus, ni meilleur ni pire, un plaisir de le lire teinté du doute de se laisser avoir par cette délicieuse brume qui entoure ses histoires.

Laissez un commentaire

Required

Required, hidden

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Articles récents


Maxibourrin