Marie Ndiaye - Un temps de saison
mardi 12 juin 2007
Connue pour ses pièces de théâtre, telles que Hilda, mise en scène au théâtre de l’Atelier à Paris il y a quelques années, ou Papa doit manger entrée au répertoire de la Comédie Française, Marie Ndiaye a obtenu le prix Femina en 2001 pour son septième roman Rosie Carpe. A la fois cauchemar teinté d’humour, satire du malaise de la société moderne, fable sur l’impossibilité de la communication, Un temps de saison, écrit à l’âge de 27 ans, témoigne déjà d’une grande maîtrise de son art.
C’est un drôle de rêve, très étrange comme toujours, dans lequel nous entraîne la magnifique langue de Marie Ndiaye. Tout commence assez banalement. Herman, le professeur de mathématiques, en vacances au village, s’en va chez la fermière voisine chercher son épouse Rose et son fils. L’inquiétude s’installe tout doucement, car voilà trois heures qu’ils ont disparu, alors que la pluie tombe de plus en plus fort. Sa visite chez la voisine ne le renseigne pas, et la description minutieuse qui nous est faite de la scène (peut-être un des meilleurs passages du livre) introduit le malaise : la voisine ne manifeste qu’une amabilité irréprochable mais totalement indifférente à l’égard du professeur.
Le roman bascule dans l’étrange lorsque Herman se heurte au silence des villageois. La disparition de Rose et de son fils n’est pour eux pas un événement. Etre de raison de par sa profession, Parisien en vacances soucieux des qu’en dira-t-on, Herman entre dans une sorte de torpeur, qui le paralyse et l’empêche de chercher activement les siens. Il est au village, somme toute, un étranger. Depuis toutes ces années qu’il vient passer ici ses vacances, il n’a noué aucune espèce d’amitié avec les habitants. Après une scène cocasse à la gendarmerie, où il ne trouve aucune aide, Herman se décide à rencontrer le plus haut dignitaire du village, le maire, pour l’informer de cette disparition. Le lecteur est plongé dans la perplexité, tant Herman semble incapable de prendre la situation en mains ni même de s’inquiéter outre mesure pour les siens…
C’est à ce moment que l’on pénètre dans un univers proche de celui du rêve, où l’on va de découverte en découverte, plus insensée les unes que les autres mais qui semblent pourtant découler d’une logique mystérieuse. Herman apprend par exemple que l’hiver dure dix mois dans ce village et que la pluie ne cesse d’y tomber en l’absence des vacanciers, que les petites facades du village cachent des maisons troglodytes, que le village est dirigé par la mystérieuse corporation des commercants, tous à la recherche d’une maximisation des profits. Le village prend défintivement le dessus sur lui, et Alfred, président du comité des fêtes, le convainc sans difficulté de s’installer à l’hotel, dans la chambre adjacente à la sienne. Herman lâche prise et sa maigre volonté est réduite à néant. C’est en se fondant dans la vie du village et en faisant oublier son origine qu’il reverra les siens, lui assure Alfred.
En effet, au bout de quelques temps, Herman finira par croiser les ombres de sa femme Rose et de son enfant, installés chez le marchand de chaussures (!)… Mais alors, on ne sait plus qui dans l’histoire est la véritable âme en peine…
Marie Ndiaye, Un temps de saison, éditions de Minuit, disponible dans la collection “double”
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