Lolita
dimanche 21 janvier 2007
Lolita (1955) de Vladimir Nabokov est un chef d’oeuvre, tout le monde s’y accorde. Et pourtant, il est parfois difficile de s’en expliquer sereinement ! Ce roman se présente comme la confession des aventures de Humbert Humbert. Grossièrement, on pourrait dire que c’est un livre sur la pédophilie… dont la construction et la puissance en font un monument. A la lecture, on éprouve ainsi une curieuse sensation de jubilation mêlée de culpabilité.
Humbert Humbert, le narrateur, se trouve par un hasard implacable devenir le beau-père et l’amant de la délicieuse et orpheline Lolita, qu’il convoitait si ardemment… La description de ses fantasmes au cours de la première partie du livre est troublante. Au point que le lecteur se prend à éprouver une certaine empathie pour ce personnage qui semble condamné à la frustration. Or, publiquement, ce même lecteur n’hésiterait pas à qualifier le personnage de pervers… Pire encore, à la réalisation de ce fantasme, le lecteur éprouvera peut-être quelque pitié pour ce misérable Humbert Humbert, prisonnier de ses pulsions, qui s’évertue à négocier les faveurs d’une Lolita maussade et capricieuse. Scandale ! Le scandale reste intact plus de 50 ans après la première publication. Le point de vue adopté n’est pas celui de Lolita, et cruellement, le lecteur ne trouve que peu de raisons pour plaindre la nymphette et s’indigner de ce qui s’apparente pourtant à un viol !
En effet, ce diabolique Humbert Humbert se présente comme la victime d’un charme irrésistible dont Lolita semble jouer avec malice. Mais quel plaisir le lecteur peut-il bien tirer à suivre ces aventures incestueuses ? En fait, c’est à un autre niveau que le charme opère pour le lecteur… L’honneur est sauf ! En virtuose de l’écriture, sur un plan esthétique donc, Nabokov parvient à faire éprouver au lecteur des sensations analogues à celles de son narrateur. Nos attentes sont tour à tour déjouées, satisfaites, creusées par l’attente, déçues, surprises, détournées… par un récit captivant et savamment orchestré ! Quant au plaisir de la langue, il est extrêmement intense et surprenant, sans doute bien préservé par la nouvelle traduction (2001) de Maurice Couturier. Ce qui peut paraître encore plus extraordinaire quand on pense que l’anglais n’était pas la langue maternelle de Nabokov. Pour exemple, nous nous contenterons de citer les toutes premières phrases du roman qui sont un concentré de la force de cette écriture :
“Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta.
She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.”
“Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon pêché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de ma langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.”
Vladimir Nabokov, Lolita, 1955, traduit de l’américain par Maurice Couturier, Folio
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1 commentaire Ajoutez le vôtre
1. meriaux | janvier 28th, 2007 at
l’érotisme du héro se traduit-il par le zéro pointé vers le doigt du haut, au fond ça baigne dans les dents
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