Les autres
dimanche 11 février 2007
Dans la guerre (paru chez Actes Sud en 2003), le précédent roman d’Alice Ferney, m’avait particulièrement touchée. Roman bouleversant sur la guerre de 14/18, sur le combat des hommes au front et sur celui des femmes à l’arrière livrées à l’attente et à la solitude, il retrace avec force l’horreur d’un drame humain. J’admire depuis L’élégance des veuves, la sensibilité d’Alice Ferney, sa grande finesse dans l’analyse psychologique des personnages, son écriture élégante, juste, tendre et émouvante. C’est donc avec bonheur que je me suis lancée dans la lecture de son dernier roman Les autres. L’histoire la voici : une famille réunie pour l’anniversaire du fils cadet. Autour de lui, sa mère, son frère, sa grand-mère, sa fiancée et ses amis. Son frère aîné lui offre un jeu intitulé «Personnages et Caractères, un jeu de psychologie qui peut engager de quatre à douze joueurs. Pour l’intérêt de la partie, il est préférable que les participants se connaissent un peu. Ou croient se connaître, ce qui revient sans doute au même. Le jeu leur donnera l’occasion de tester la profondeur et la justesse de leur familiarité. Personnes susceptibles s’abstenir».
On imagine donc aisément la suite. De révélations chocs en confidences trop intimes, le jeu tourne vite au massacre : les autres ne sont jamais ceux que l’on croit et l’on ne se connaît jamais vraiment soi-même. Pas de quoi s’étonner a priori. La vraie originalité du roman réside plutôt dans sa construction en trois parties : la même soirée est en effet traitée de trois façons différentes : la première rend compte des pensées des personnages durant la partie, la deuxième est celle du dialogue entre les personnages et la troisième est vue par le narrateur omniscient. Ces trois modes de narration éclairent peu à peu ce qui est en train de se dérouler dans le salon de ce pavillon tranquille.
On retrouve ici toutes les qualités que j’apprécie chez la romancière. Véritable exercice de style maîtrisé, il démontre parfaitement son sujet : nous n’apparaissons jamais tels que nous sommes et nous en souffrons. Nous voudrions partager notre douleur, nos doutes, nos joies avec l’autre mais la pudeur, la peur, la honte nous empêche de nous dévoiler. Cela est justement vu et décrit.
Je ne suis malheureusement pas entrée dans cette histoire. A aucun moment je n’ai voulu savoir la suite de ces vies, de ces non-dits, lots de chaque famille, de chaque être humain. Les trois parties quoique différentes sont de fait assez répétitives car tout est su dès la première… et l’on s’ennuie.
Je passerai donc sur ce roman et vous conseille plutôt de découvrir, si ce n’est pas déjà fait, Dans la guerre, La conversation amoureuse ou L’élégance des veuves, tous parus chez Actes Sud en Babel.
Alice Ferney, Les autres, Actes Sud
Entry Filed under: Littérature française

3 Commentaires Ajoutez le vôtre
1. Camille | février 13th, 2007 at
J’avais lu et beaucoup apprécié la Conversation amoureuse. Ta critique me donne très envie de lire Les Autres… Merci!
2. carine-solivellas | février 13th, 2007 at
La conversation amoureuse m’avait également beaucoup plu mais Dans la guerre était vraiment un très bon livre. Tu verras, Les autres est intéressant d’un point de vue narratif. Tu me diras ce que tu en penses à l’occasion, je suis curieuse d’avoir d’autres avis.
3. lepoetemasque | février 17th, 2007 at
Ayant constaté une absence de forum de littérature (en tant que lecteur et non en tant qu’écrivain) correspondant à mes attentes, j’en ai crée un, pour les passionnés qui veulent partager leurs émotions littéraires…d’ailleurs nous avons une lectrice qui a ouvert un fil sur Alice Ferney.
Ayant apprécié les articles de votre blog, je vous invite à nous y rejoindre pour qu’il soit aussi le vôtre.
Il n’y a bien sûr aucune pression de ma part, visitez le et si vous vous y sentez bien, rejoignez y nous…
http://parfumdelivres.niceboard.com/portal.htm
Laissez un commentaire
Trackback this post | Subscribe to the comments via RSS Feed