Léonara Miano - Contours du jour qui vient
mercredi 27 juin 2007
Ce livre, qui reçut le Prix Goncourt des Lycéens à l’automne dernier, m’a été conseillé par un ami libraire. En l’achetant, j’ai un peu hésité à l’emmener avec moi en vacances… La quatrième de couverture disait : ” Après la guerre qui a ravagé le Mboasu, cet Etat imaginaire et ô combien réel d’Afrique, le pays est exsangue.” Voici un livre, sans doute excellent me dis-je, sans doute de la trempe d’un Kourouma, mais avais-je vraiment envie de m’y plonger à ce moment précis… J’ai quand même fait confiance à cet ami et aux lycéens. Et j’ai découvert une auteure vraiment remarquable. Contant les aventures d’une petite fille à la recherche de sa mère au coeur d’un pays en plein désastre, elle ne tombe jamais dans le sentimentalisme ni le pathos. Au contraire, elle décrit avec beaucoup de dignité un personnage animé par une pulsion de vie malgré les ténèbres qui l’entourent.
Le récit de la petite Musango prend racine dans un terrible événement : après la mort de son père, sa mère ne peut plus s’occuper d’elle, et s’est laissé dire par la sorcière Sésé que la petite était à l’origine de tous ses malheurs, qu’elle était habitée par le mal. Aussi, après avoir tenté de la tuer, sa mère finit par la chasser du foyer. La petite n’a que 9 ans. La faillite du pays s’accompagne d’une montée en puissance des cultes millénaristes annonçant la fin du monde. Mais Musango fait preuve déjà d’une grande sagesse : la sagesse des enfants meurtris. Elle sait que les sectes ne font qu’épaissir les ténèbres. Musango, quoi qu’il arrive, sera du côté de la vie. “Je saurai m’aimer sans que tu m’y aides” dit-elle à l’adresse de sa mère.
Musango, s’en va donc livrée à elle-même, sans vêtement ni nourriture. Après quelques temps, elle se retrouve vendue à des individus aux noms étranges : Lumière, Don de Dieu et Vie éternelle… “Ils ont monté leur affaire : ils font dans l’arnaque spirituelle et la traite des femmes.” Musango est emmenée au fin fond de la brousse et sert de soubrette dans un de camp de filles en partance pour l’Europe. Son séjour y dure trois ans, pendant lesquels elle observe les manipulations de Vie éternelle visant à “transformer les filles en mort vivants pour qu’elles servent leur maitre sans rebuffade”. Quand enfin, elle parvient à s’échapper de cet endroit, ironie du sort, c’est au temple de ses ravisseurs qu’elle atterrit où elle assiste à de plus terribles scènes encore.
Elle s’échappe à nouveau, et sa volonté de revoir sa mère s’affirme comme condition de possibité de son avenir. Son parcours intiatique se poursuit et les rencontres avec des femmes continuent : Musango la vieille dans la grotte du village des pêcheurs, Kwin sur le marché, madame Mulonga la directrice de son ancienne école, qui la recueille dans sa maison et l’accompagne à la recherche de sa mère., mais en vain Une fois de plus, Musango s’en va, car la fille de madame Mulonga lui est hostile.
Cette fois plus que jamais déterminée à retrouver sa mère, et elle se rend dans le quartier de sa famille maternelle, lieu épouvantablement pauvre et sale. Musango reverra bien le visage de sa mère. Mais celle-ci lui reprochera d’avoir disparu… Peu importe, c’est auprès de sa grand mère et aux cotés du garçon Mbalé, que Musango a trouvé la vérité et la paix. Ecoutez les paroles de la vieille femme : “Ce que vous devez faire pour épouser les contours du jour qui vient, c’est vous souvenir de ce que vous êtes, le célébrer et l’inscrire dans la durée. Ce que vous êtes n’est pas seulement ce qui s’est passé mais aussi ce que vous ferez. Si la paix qui est aussi l’amour s’allie à la vérité, qui est une autre figure de la justice, ce que vous accomplirez sera grand.”
“Ici les contes ne servent pas à endormir mais à éveiller.”
Contours du jour qui vient, Léonora Miano, Plon 2006
A lire aussi :
L’Intérieur de la nuit, Plon 2005, disponible en Press Pocket
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