Leïla Slimani, Chanson douce

leila-slimaniElle n’a rien de doux ni de tendre, cette chanson-là. Angoissante, presque étouffante par instants. Mais si réussie qu’on garde longtemps son refrain dans la tête.
Myriam et Paul ont deux enfants. Après quelques années peu épanouissantes à la maison, Myriam décide de reprendre le travail. C’est le moment tant redouté du choix de la nounou. A l’aise financièrement, ces parisiens choisissent l’option de la nourrice à domicile. Quand ils rencontrent Louise, ils sont conquis par sa douceur et son efficacité, sans doute aussi par sa discrétion, sa presque transparence. Et rien ne les effraie encore. Ils ne savent pas que Louise, par une belle après-midi de printemps tuera sauvagement leurs deux enfants. Le lecteur lui, le sait d’emblée. C’est toute la force du roman. Lecteur-spectateur, voyeur surtout de cette famille qui court à sa perte le sourire aux lèvres. Un temps d’avance sur les personnages, et sur l’angoisse qui monte. Car Louise perd pied au fil des pages. Une vie de misère, sans amour, une vie d’employée, souvent injuste. Peut-être frôle-t-on parfois la caricature. Mais c’est surtout le style qui percute. Pas de sentimentalisme, une rapidité dans l’écriture et lentement, Louise qui s’enfonce et s’enferme dans ses ténèbres.
Ce roman met K.O car il nous renvoie à notre peur. La peur de ne pas sentir le danger qui rôde, d’être la victime d’une folie invisible, de ne pas protéger assez son enfant. En filigrane aussi, le portrait peu flatteur d’une société individualiste qui nous renvoie toujours à notre propre solitude.

Leïla Slimani, Chanson douce, Gallimard, collection blanche

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