Le passage de la nuit

jeudi 12 avril 2007

passage-de-la-nuit.jpgQue se passe-t-il la nuit lorsque, paisibles et oublieux nous dormons ? La vie continue lentement selon un rythme qui lui est propre, onirique et mystérieux. Murakami nous entraîne à sa suite dans un voyage à travers la ville à la rencontre de personnages dont le destin se jouera en une seule nuit. Deux sœurs que tout oppose vont tenter de se rejoindre durant les quelques heures qui mènent de l’obscurité de la lumière. Des rencontres fortuites (une tenancière de « love-hotel », une prostituée, un jeune musicien) aideront Mari, la plus jeune, à faire le chemin difficile qui conduit à ouvrir son cœur et à accepter l’amour profond qui unit un être à un autre.
Haruki Murakami, c’est le poète du non-dit, des rencontres éphémères, de l’effleurement imperceptible des âmes, seule consolation à la frontière infranchissable qui sépare les êtres humains à la recherche d’eux-mêmes et des autres. Signe emblématique de cette quête, le love-hotel justement, port d’ancrage dans la nuit d’hiver où des anonymes viennent se rencontrer. Baptisé “Alphaville” comme le film de Jean-Luc Godard dans lequel « les gens qui ont pleuré se font arrêter et exécuter sur la place publique (…) parce que les gens n’ont pas le droit de ressentir les choses en profondeur. Donc il n’y a plus de sentiments“,c’est l’endroit où l’on n’exprime rien de ce qui nous hante, où l’épanchement est interdit. Un lieu de rencontres où la vraie rencontre n’a finalement jamais lieu.
Depuis quelques années déjà, Murakami explore ces voies avec magie. Une magie portée par son écriture poétique, aux confins du fantastique et du merveilleux qui nous entraîne toujours plus haut et plus loin, à l’image du narrateur du roman, un oiseau nous prenant sur ses ailes pour que “la ville s’offre à notre regard“.

Pourtant, Le passage de la nuit n’est pas, à mon avis, le meilleur de ses romans. Il m’a semblé moins profond, plus rapide, et moins abouti que Kafka sur le rivage ou Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. A l’instar du narrateur-oiseau omniscient qui observe mais n’explique pas, rendant compte des dialogues et images qu’il perçoit, j’ai observé mais n’ai rien ressenti et je suis finalement restée en surface.
Néanmoins, vous ne serez pas déçu tant ses qualités sont évidentes. Si vous ne le connaissez pas et souhaitez le découvrir, commencez plutôt par le magnifique Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (10/18).

Haruki Murakami, Le passage de la nuit, Belfond, traduit du japonais par Hélène Morita

Entry Filed under: Littérature étrangère

6 Commentaires Ajoutez le vôtre

  • 1. Camille  |  avril 13th, 2007 at

    Merci pour cette nouvelle critique vraiment très belle… En inconditionnelle de Murakami, je vais mettre ce titre sur ma liste!

  • 2. Céline  |  avril 13th, 2007 at

    Je vous conseille “Chroniques de l’oiseau à ressort” qui pour ma part est vraiment le plus beau.

  • 3. chiffonnette  |  avril 16th, 2007 at

    Belle critique. Je suis tout à fait d’accord pour dire que Haruki Murakam est poète. Du dit et du non-dit à mon avis! Je viens de terminer La fin des temps que j’ai trouvé magnifique. Une lecture à faire si tu ne l’as pas encore faite!

  • 4. carine-solivellas  |  avril 17th, 2007 at

    merci pour ces conseils ! “Chroniques de l’oiseau à ressort” et “La fin des temps” sont dans ma bibliothèque et n’attendent plus que moi !

  • 5. yueyin  |  mai 7th, 2007 at

    Merci pour cette si belle critique, je veins de finir kafka sur le rivage qui m’a fasciné et je rêve déjà de renouer avec murakami… tu me donnes des idée :-)

  • 6. rotko  |  juin 15th, 2007 at

    “le passage de la nuit” est un livre original par sa construction, marqué par la culture française de Murakami, et rappelle les récits de Robbe Grillet, avec moins de froideur.
    On se demande pourquoi Haruki Murakami ne se lance pas comme Robbe Grillet dans le cinéma, mais ce livre nous intéresse tel quel, d’autant que le style sommaire du scénario, surtout au début, prend par la suite une tournure discrètement lyrique.

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