Le cœur cousu - Carole Martinez
vendredi 18 septembre 2009
Attirée par ce titre poétique, j’ai été prise dans les fils de cette romancière extraordinaire… jusqu’à la toute dernière page.
Cette histoire, c’est Soledad qui la raconte. Comme toutes les femmes de sa famille avant elle, Frasquita Carasco, sa mère, a reçu, le jour du “premier sang” une boîte. Après neuf mois d’attente, elle peut enfin l’ouvrir et découvrir ce qu’elle contient. Elle y découvre des fils d’or, des couleurs chatoyantes et sublimes… Voici son don : tout ce qu’elle créera désormais s’animera et aura, sur ceux qui le regardent, un effet fascinant et magique.
Initiée aux mystères de la vie et de la mort, un peu sorcière, Frasquita sait soigner les plaies, faire revenir les morts, recoudre les visages. Mais dans l’Andalousie du XIXe siècle, un don ne suffit pas pour échapper aux mentalités étriquées des villageois ou à la domination d’un époux. Jouée et perdue par son mari à un combat de coqs, rejetée par le village, elle ne peut que fuir, traînant derrière elle ses enfants, eux aussi accablés de dons surnaturels.
Dans la tourmente de la révolution, jusqu’au bout du voyage dans le désert algérien, ces dons seront tout à la fois leur richesse et leur malédiction.
Dans ce livre aussi ciselé que les vêtements cousus par Frasquita, le fantastique côtoie le réel avec simplicité et évidence… et l’on pense à Cent ans de solitude de Garcia Marquez.
Soledad la mal aimée, le dernier enfant de Frasquita entreprend cette histoire pour libérer sa famille du poids de leur étrange hérédité.
Déclaration d’amour d’une enfant pour sa mère, c’est d’abord un livre sur les femmes, éternellement seules à lutter, un livre dans lequel aucun homme n’a de beau rôle. C’est un conte, “il était une fois une femme très belle qui cousait à la perfection…”, de ceux que l’on ne veut pas voir finir. L’écriture, évocatrice, sensuelle et poétique rend ce roman puissant envoûtant.
Et dire que c’est son premier !
Entry Filed under: Littérature étrangère
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