Kayes Gibbons - Ellen Foster

vendredi 13 juillet 2007

kayes-gibbons.jpgCertains livres vous frappent comme des coups de poing et vous laissent, une fois refermés, un sentiment de malaise et de tristesse entêtant. Ellen Foster est un de ceux-là.

Ellen a tout juste onze ans mais se surnomme elle-même “cette vieille Ellen”. Vieille elle l’est. Ce n’est pas le poids des années qui l’accablent mais la somme de choses vues et vécues, trop lourde pour une petite fille. “Quand j’étais petite, j’inventais des façons de tuer mon papa.”  Voilà pour l’incipit. Voilà pour l’ambiance et le ton. Laissée pour-compte entre une mère malade, un père ivrogne et violent, une grand-mère acariâtre, des voisins égoïstes et mesquins, elle se débrouille seule – et plutôt bien - pour survivre. A la mort de sa mère, une seule issue : se trouver une nouvelle famille. Malgré les difficultés et les ballotages, elle saura croiser sur son chemin des gens pour lui venir en aide.

Ce qui fait la force de ce roman, c’est moins l’extrême dureté des événements qui touchent Ellen que la façon dont elle les relate. Avec une maturité et un recul effrayants. S’offrir son propre cadeau à Noël ne lui semble pas tout à fait normal mais que voulez-vous… L’écriture et le parti-pris narratif sont d’une grande violence : des paroles crues, cyniques dans une bouche d’enfant dont le style oscille entre écriture et oralité. La narration rend en effet compte de deux visions : Ellen est à la fois enfant au moment des faits et plus âgée lorsque débute le récit.
N’oublions pas non plus la superbe évocation du Sud, des paysages, du style de vie, et surtout de la cohabitation difficile des Blancs et des Noirs à travers l’amitié qu’Ellen voue à une enfant noire, Starletta. Cette amitié qui la contrarie un peu au début - surtout au niveau de l’hygiène, on ne sait jamais – deviendra au fil du roman la plus belle partie de sa vie. Accepter la population noire fait aussi partie du parcours initiatique d’Ellen et c’est la leçon que semble donner l’auteur, originaire de Caroline du Nord.

Kaye Gibbons est un auteur qu’on connaît peu. Il faut y remédier ! Ses œuvres ont récemment été rééditées par Christian Bourgois dans sa collection de poche baptisée “Titres” parmi lesquelles Une femme vertueuse, autre superbe texte.

Kaye Gibons, Ellen Foster, Rivages poche. Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier.

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