Jim Harrison - Retour en terre

jeudi 24 mai 2007

retour-en-terre.gifsmiley.gifUne pile de livres dans ma bibliothèque attend là depuis des semaines… Mais je les ai boudés pour le nouveau roman de Jim Harrison. Parce qu’en ce qui me concerne, ça ne peut pas se rater. Depuis ma découverte de Dalva il y a quelques années, je suis une inconditionnelle de son univers, de la force évocatrice de ses paysages du Nord, des plaisirs simples et sensuels qu’il affectionne, de la beauté qui pointe en tout et dans tout - au détour du chemin, en pleine partie de pêche, autour d’une grillade - de sa poésie et de ses personnages complexes et entiers.

Et j’ai trouvé ce nouvel opus, Retour en terre, particulièrement profond et émouvant.
Donald, un métis Chippewa-Finnois de 45 ans est condamné par une sclérose en plaques. Infirme, sentant la mort approcher, il dicte à sa femme l’histoire de ses ancêtres, l’héritage spirituel du peuple indien, les souvenirs qui ont fait de lui l’homme qu’il est et ses réflexions sur la mort qu’il a choisi d’affronter avec dignité. Pour l’aider, sa famille l’accompagne à la façon dont il a lui-même décidé. Ceux qui ont lu De Marquette à Veracruz retrouveront avec plaisir certains personnages. Cynthia, la femme de Donald est en effet la soeur de David, le narrateur de De Marquette à Veracruz. Ce roman traitait d’ailleurs déjà de l’acceptation : accepter son histoire et ses parents aussi haïssables soient-ils. Ici c’est la mort qu’il faut affronter. Dans les deux romans il faut avoir assez de sagesse pour accepter ce qu’on ne peut maîtriser dans nos vies, mais c’est évidemment ce qu’il y a de plus difficile. Quatre personnages prennent la parole : Donald bien sûr, puis les membres de sa famille. Chacun en continuant à vivre ne cesse d’entretenir cette réflexion - comment accepte-t-on la mort d’un être proche ? Y a t-il autre chose après ? - qui parcourt le livre de bout en bout. Pour David : “Je m’arrête sous un lampadaire pour penser à Donald, à l’étrange manière dont le décès d’un homme tellement aimé semble épuiser tous ses proches, comme si chacun se débattait dans le vide et qu’il n’y avait plus assez d’air pour leur survie.” Pour Cynthia : ” Je me suis rappelé une promenade le long d’un fleuve proche de Au Train avec Flower, qui m’a dit que notre esprit en partance entrait dans le corps de notre animal préféré. Donald était donc un ours, mais j’ai alors pensé avec une angoisse absurde que de tout temps mon animal préféré avait été le plus banal des chiens. Cela signifiait-il que je n’avais pas la moindre chance de retrouver Donald ?” Chacun à sa façon finira par faire son deuil.

Malgré le sujet, ne vous méprenez pas : point de larmes, point de drame car Retour en terre est d’une extraordinaire sobriété et d’une grande pudeur.
Au-delà de cette réflexion, ce qu’Harisson explore avec finesse ce sont nos relations aux autres, notre place sur terre et dans la Nature, notre propension à dépasser nos instincts primitifs. “Returning to earth ” le titre original a été traduit par “Retour en terre”, symbole du dernier voyage mais il aurait aussi pu être traduit par “Retour à la terre”, à ce qui nous attache, notre réalité, nos racines, bref tout ce qui a finalement de l’importance.
Jim Harrison, ce très bon vivant dont la réputation d’amateur de bonne chair au sens large n’est plus à faire est d’abord un écrivain délicat et sensible. Il nous livre ici le témoignage fort d’un homme vieillissant en proie à ses interrogations car “il est difficile de comprendre ses peurs” mais il nous fait du bien. Vous en ressortirez avec un regard neuf sur les choses. Comme toujours avec lui et plus que jamais, ce livre sur la mort est d’abord un hymne à la vie.

Jim Harrison, Retour en terre, Christian Bourgois, traduit de l’américain par Brice Matthieussent

Entry Filed under: Littérature étrangère

1 commentaire Ajoutez le vôtre

  • 1. rotko  |  juin 15th, 2007 at

    Merci pour ce compte rendu qui incvite à lalecture.
    c’est aussi le coup de coeur du point au festival du livre de Nice. On signale un livre de son traducteur :
    « Jim Harrison de A à X », de Brice Matthieussent (Bourgois)

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