Jean-Paul Dubois, La succession

Si Paul Katrakilis connut un jour le bonheur, ce fut pendant les quatre années qu’il passa à Miami, à vivre du seul métier qu’il rêvait d’exercer : pelotari. S’il connut un jour le bonheur… Partir à Miami c’était fuir ceux qui l’ont mis au monde, « élevé, éduqué, détraqué, et sans aucun doute transmis le pire de leurs gênes, la lie de leurs chromosomes. »  Joueur professionnel de pelote basque, il possède une vieille voiture au plancher troué, un bateau, un chien affectueux, et la vie s’écoule, même si lui semble inadapté au monde et aux hommes, la plupart du temps seul, éternel adolescent de 34 ans.
Quand son père se suicide, Paul doit rentrer à Toulouse pour régler la succession. Mais il ne sait pas encore ce que son père lui laisse en héritage et le sens que va prendre sa vie.

Cette étrange famille dans laquelle il lui fut impossible de se construire, de se sentir aimé, Paul la raconte, comme Jean-Paul Dubois sait le faire, avec mélancolie et humour, le sens de l’absurde comme rempart au chagrin : le grand-père médecin qui fuit l’URSS avec un bout de cerveau de Staline dans ses valises, la mère et le frère incestueux, le suicide invraisemblable du père, les études de médecine qu’il n’aime pas, l’amour qui lui est refusé.

C’est un livre absolument bouleversant.
De sa plume élégante et puissante, Jean-Paul Dubois raconte la tristesse de ne pas être à sa place, cette « illégitimité » à exister, quand la vie se déroule sans vous, sans réponses à vos questions. Seule la mort vient parfois éclairer les liens filiaux, trop tard. La solitude de Paul nous bouleverse, sa tristesse, son amour sans mode d’emploi, sa passion pour une femme perdue, le silence qui l’entoure, les mots tus, les caresses impossibles. Entre les «forceps et la broyeuse», sa douleur de vivre. La nôtre peut-être.

Jean-Paul Dubois, La succession, Editions de l’Olivier

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