Hélène Berr - Journal
mercredi 13 février 2008
“Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d’Hélène Berr et marcher à ses côtés “ écrit Modiano dans la préface de ce journal écrit entre 1942 et 1944 par une jeune parisienne de 21 ans, juive. Il faut écouter la voix d’une femme intelligente, sensible, dévouée et courageuse dans un monde qu’elle sent lui échapper à mesure que ceux qu’elle aime sont déportés. C’est d’abord, dans la première partie, le journal d’une femme qui témoigne et consigne scrupuleusement les événements du jour “pour ne pas les oublier, parce qu’il ne faut pas les oublier.” Une succession de noms, de moments volés heureux. La guerre semble encore loin quand résonnent chez elle la musique et la poésie qu’elle affectionne. Hélène prépare alors l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. C’est surtout le journal d’une jeune fille de 21 ans, éblouie par la beauté de Paris sous le soleil d’été qui sent vibrer en elle les premiers émois amoureux.
Et puis la rupture : le port obligatoire de l’étoile jaune qui la stigmatise et l’arrestation de son père pour un motif fallacieux. Hélène se sent déchirée. “Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune.” Le départ de Jean, son fiancé pour l’Espagne la laisse seule en proie à ses doutes, à ses angoisses.
Elle s’investit comme assistante sociale pour aider les familles juives mais malgré les menaces qui pèsent sur sa famille, reste à Paris. Quand elle reprend son carnet en 1943, le ton a changé. La jeune femme marquée par les souffrances n’a plus l’insouciance et la légèreté d’hier. Le ton est grave, c’est celui du “calme désespoir”. “Beaucoup de gens se rendront-ils compte de ce que cela aura été que d’avoir 20 ans dans cette effroyable tourmente, l’âge où l’on est prêt à accueillir la beauté de la vie, où l’on est prêt à donner sa confiance aux hommes ?” Mais elle continue d’écrire inlassablement, par amour cette fois pour son fiancé à qui elle destine ces mots, pour l’Humanité aussi, pour que s’élève sa voix contre la Terreur. Le plus extraordinaire est sa perception très nette de ce qui est en train de se produire et même au-delà, des conséquences humaines du régime nazi. “A chaque heure de la journée se répète la douloureuse expérience qui consiste à s’apercevoir que les autres ne savent pas”. Elle comprend tout, jusqu’à la solution finale. Son texte est ponctué de citations littéraires, d’extraits sur lesquels elle réfléchit et argumente de façon très intéressante. Finalement arrêtée en 1944, elle mourra à Bergen Belsen.
C’est un texte poignant et magnifique. Lisez-le pour la force du témoignage, pour la mémoire bien sûr et surtout pour sa grande qualité littéraire. L’écriture d’Hélène Berr est fluide, maîtrisée, sans ratures semble-t-il, tant était claire sa pensée.
Modiano écrit dans sa superbe préface qu’elle aurait pu devenir un grand écrivain. Je crois qu’elle l’est déjà avec ce texte. C’était surtout une belle personne dont le souvenir, comme celui d’une amie perdue, vous poursuivra longtemps.
Hélène Berr, Journal, Editions Tallandier.
Entry Filed under: Littérature française

2 Commentaires Ajoutez le vôtre
1. Posuto | février 29th, 2008 at
Un livre à part, qui reste en mémoire. Poignant au possible !
2. lena | avril 16th, 2008 at
je n’ai pas lu ce livre mais il a l’air d’eprouver beaucoup de sentiment et j’espere le lire un jour
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