Graham Swift, Le dimanche des mères

« C’était le 30 mars. Un dimanche. Un jour que l’on appelait le dimanche des mères « . Un dimanche de printemps éclatant de soleil, chaud et lumineux, inattendu. Comme ce coup de téléphone, reçu par Jane Fairchild, la domestique de Mr. and Mrs. Niven, un peu avant midi.
Nous sommes en 1924 en Angleterre et il est de coutume d’offrir une journée de congé aux employées pour qu’elles puissent la passer auprès de leurs familles. Une journée exceptionnelle donc mais empreinte de tristesse pour nombre de mères qui pleurent encore les fils tombés à la guerre. Jane Fairchild n’a pas de mère à embrasser. Cette journée est pour elle une magnifique occasion de liberté dont elle entend profiter en lisant, à l’ombre des grands arbres. Jusqu’à ce coup de téléphone inespéré et ce rendez-vous avec Paul, son amant. Jusqu’à cette virée en bicyclette et cet instant suspendu, dans la chambre de ce fils de grande famille, baignée d’une lumière aveuglante, où se jouent lentement leurs destins.
Chaque minute de cette journée est d’une beauté fulgurante. Ce roman d’émancipation n’a besoin que de quelques mots pour être juste. Quand la vie prend-elle les virages qui changent tout, quel jour, à quelle heure ? Quand la transformation s’opère-t-elle, presque la magie ? Ce dimanche des mères cristallise tous les promesses, celle d’être, de devenir, celle de dire ou d’écrire. Limpide, sensuel, ce court roman parvient à saisir l’essence même de l’écriture, la capture « si impossible que ce fût, d’être en vie. «  La vie elle-même, et le temps. Une merveille.

Le dimanche de mères, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Gallimard

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