Gilles Leroy - Alabama Song
mardi 09 octobre 2007
“Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La future fiancée du futur grand écrivain”. En se glissant dans la peau de Zelda, l’épouse de Francis Scott Fitzgerald, pour en écrire la biographie imaginaire, Gilles Leroy dresse le portrait passionnant d’une femme hors du commun.
1918. Zelda, “Belle du Sud”, si belle, court les bals et les fêtes de Montgomery en Alabama. Vivante, espiègle, effrontée, elle attire les regards des hommes, de tous les hommes. Le lieutenant Fitzgerald, lui, a 20 ans. Il est beau, si beau et prometteur. Il veut devenir, rien de moins, le plus grand écrivain de sa génération. Il n’est pas comme ses autres prétendants et Zelda sera à lui, c’est décidé. Mais qu’il devienne d’abord cet écrivain reconnu. Son premier roman est un succès et vite New York se l’arrache. Zelda l’épouse. Ambitieux, excessifs, provocants, ces deux là se ressemblent. Ils seront partout, de toutes les fêtes, de tous les événements. Leur couple symbolisera les années 20, l’âge du jazz, la course folle à travers la vie. Elle sera sa muse et le modèle de ses personnages féminins, ils côtoieront les plus grands artistes du moment. Puis leurs disputes perpétuelles défraieront la chronique et Zelda sera internée.
Gilles Leroy a choisi d’habiter le personnage de Zelda en écrivant à la première personne ses souvenirs. Mais si certains éléments sont authentiques, il s’agit bien d’une fiction. D’où sa force et son impact. Car cette femme-là s’exprime crûment et désespérément. Tour à tour éperdue d’amour pour son mari écrivain, haineuse quand ses succès à elle ne sont pas à la mesure de ses espérances.
Danseuse, écrivaine, peintre, elle possède pourtant tous les talents mais, incapable d’achever une oeuvre, vampirisée par son mari, perdue par les excès de boisson, elle passe à côté de sa vie, de la reconnaissance, de l’amour et assiste à sa propre déchéance. Gilles Leroy mêle avec force les époques et la voix de la belle Zelda des années 20 se confond avec celle de la femme vieillissante et amère des années 40.
L’auteur a aimé cette femme et c’est bien sa voix que l’on entend. Les biographies imaginées quand elles sont faites par de bons écrivains, sont passionnantes car leur talent se met au service du génie de l’artiste dont ils s’emparent. Et il n’en fallait pas moins pour explorer cette vie de couple extraordinaire, cette vie de femme dont la seule volonté était d’exister par elle-même et pour elle-même. Avec ce livre très réussi, c’est chose faite.
Gilles Leroy, Alabama Song, Mercure de France ; Prix Goncourt 2007
Entry Filed under: Littérature française

5 Commentaires Ajoutez le vôtre
1. Gangoueus | octobre 25th, 2007 at
Très beau commentaire qui donne envie de découvrir cet ouvrage. Alabama song, enregistré.
@+
2. Don Lorenjy | novembre 8th, 2007 at
Il n’est pas facile de voler au secours du Goncourt. Pourtant, cette critique est autant à l’honneur de son auteur que du livre de Gilles Leroy.
3. praline | novembre 18th, 2007 at
Je le mets sur ma liste de Noël !
4. laetitia | novembre 25th, 2007 at
bonjour j’ai lu ce livre et désire l’étudire pour mon sujet de tpe si vous avez des détails sur la façon dont gilles leroy à procéder pour écrire son roman alabama song merci de me contacter.
5. lili | janvier 10th, 2008 at
Difficile à se plonger dedans. Flash-backs, flash-forwards sans cesse qui font que ce roman est difficile à comprendre. Pas aimé.
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