François Cheng, De l’âme

« Chère amie (…), sur le tard m’écrivez-vous, je me découvre une âme. Non que j’ignorais son existence, mais je ne sentais pas sa réalité. » Si, pour débuter ces méditations sur l’âme, François Cheng choisit l’échange et le dialogue avec cette âme-amie, c’est que son questionnement n’est jamais péremptoire mais nourri par l’échange. Si l’âme marque l’unicité de chaque être, elle n’est nullement isolée, au contraire car elle est « la base à partir de laquelle naît la possibilité de l’amour », en participant à quelque chose de plus grand que l’individu.

L’âme s’est éclipsée sans bruit au fil des siècles, oubliée, galvaudée, moquée parfois au profit de l’esprit et du raisonnement. Il est temps selon François Cheng de la remettre au centre de ce qui nous constitue, la trinité « corps- âme- esprit ». Car l’âme ne se substitue en rien à l’esprit raisonneur, communiquant, clairvoyant. Elle est au-delà, la marque indélébile de notre unité, Souffle de vie primordial, originel et infini. Elle est l’intelligence du cœur, l’émotion qui nous étreint, la part intime de chaque être, la seule capable de nous transformer. Ce qui n’exclut en rien sa part d’ombre, ce Mal qui cohabite en elle avec le Bien.

François Cheng a le don de nous la rendre lumineuse et compréhensible. Il le fait avec beaucoup d’humilité en s’appuyant sur l’Art, les textes philosophiques, spirituels et religieux, et, ce qui est le plus touchant, sur son expérience personnelle. Avec délicatesse, sans jamais fermer la porte à d’autres réflexions, il nous invite à un voyage poétique et sensible. Un voyage humain qui nous permet de nous sentir incarnés dans cet Ici et Maintenant qui lui est cher, et dans le même temps, conscients de la Vie même, miraculeuse et infinie dont nous ne sommes que les passagers, humbles et reconnaissants.

« Au sein de la Voie, l’homme a été fait pour être, comme je l’ai dit, l’œil ouvert et le cœur battant de l’univers vivant. Il n’est plus cet être déraciné, solitaire, qui dévisage l’univers d’un lieu à part.» Remettre l’âme au centre de notre vie, de notre être, c’est mieux comprendre ce que nous sommes, et le Tout dans lequel nous vivons. C’est nous élever vers quelque chose de plus grand que nos simples destins individuels, aussi importants soient-ils, c’est remettre de l’humanité au cœur d’une société qui se perd, au milieu d’une nature que nous partageons. Une parole nécessaire.

François Cheng, De l’âme, Albin Michel.

 

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