Elizabeth Goudge - Le pays du dauphin vert
lundi 06 août 2007
Ce roman de 1936 aujourd’hui disponible chez Phébus libretto est un roman d’aventures passionnant empreint d’un profond mysticisme et offrant une réflexion magistrale sur le sacrifice et le don de soi.
Au départ pourtant, une histoire qui peut paraître invraisemblable mais que l’auteur assure basée sur une histoire vraie. Une charmante bourgade des îles Anglo-Normandes au milieu du XIXe siècle. Les jeunes sœurs Le Patourel - Marguerite la blonde rieuse et espiègle, et Marianne, la brune réfléchie et grave - vivent les jours tranquilles de la petite bourgeoisie locale entourées et aimées de leurs parents. Quand s’installent près de chez eux un ancien habitant de l’île, le docteur Ozanne et son fils William. Compagnons de jeux et d’aventures, les trois enfants deviennent vite inséparables. Pourtant, si William apprécie les deux sœurs pour leurs qualités respectives, il montre une nette préférence pour la belle Marguerite. Marianne, Marguerite, voilà des noms bien proches pour cet étourdi de William qui les confond souvent… Néanmoins, sa préférence pour Marguerite se mue au fil des années en véritable passion…partagée. Engagé dans la Royal Navy, William parcourt le monde sans avoir pu déclarer sa flamme, jusqu’à ce qu’une expérience malheureuse l’oblige à s’exiler pour de bon. Colon en Nouvelle-Zélande, il décide quelque dix ans après son installation, de demander à Marguerite de le rejoindre et de l’épouser. Mais William, grisé par la boisson et l’émotion se trompe une fois encore dans la lettre qu’il lui écrit et c’est à Marianne qu’il demande de venir …
C’est donc là que tout commence… et que tout finit pour William et Marguerite. Loyal et fidèle, William décide d’assumer son erreur. Il accepte la vie de désamour qui s’offre à lui dans l’unique but de rendre Marianne heureuse, elle-même follement éprise. Une entreprise difficile dans ses nouvelles colonies constamment en guerre contre les Maoris et qui réservent leur lot d’aventures et de malheurs. Quant à Marguerite restée sur l’île de son enfance, comment surmontera-t-elle sa déception et son chagrin ?
Voici un grand roman, dans tous les sens du terme : sa construction d’abord – plusieurs générations se succèdent sur une quarantaine d’années - et son sujet ensuite : le sacrifice de soi au nom du bonheur de l’autre. Et la question de tous les personnages est la même : comment se débarrasser de l’orgueil qui nous étouffe pour se livrer entièrement à l’autre ? Cette histoire de sacrifice est aussi celle d’une quête, celle d’un bonheur qui nous échappe, le bonheur de l’âme, la sérénité de l’esprit. D’une façon ou d’une autre, tous les personnages vont consacrer leur vie à cette recherche et certains se tourneront vers la religion car c’est aussi dans cette voie que se trouve le salut, dans le renoncement aux attaches terrestres, aux biens matériels. Dans le roman, l’amour des hommes et l’amour de Dieu, forme absolu du don de soi se rejoignent souvent. Un sujet ambitieux parfaitement maîtrisé.
Elizabeth Goudge a créé de superbes personnages, profonds et à la psychologie très étudiée. Des personnages savoureux comme celui de Marianne, une Scarlett à la fois odieuse et magnifique dans sa détermination à se faire aimer de son mari, ou hauts en couleurs comme ce vieux loup de mer, le capitaine O’Hara tout droit sorti des livres illustrés de notre enfance. En effet, la dimension mystique ne doit pas faire oublier pour autant le souffle romanesque : c’est un vrai roman d’aventures, de marins entre Chine et Nouvelle-Zélande, de colons fuyant les Maoris dans la jungle, de mensonges et d’intrigues. Sans oublier l’écriture, délicate et élégante, au service des personnages et de leurs sentiments. Un grand roman donc qui excelle dans plusieurs genres différents. Un film a même été tiré du livre par Victor Saville en 1947 avec Lana Turner.
Elizabeth Goudge, Le Pays du Dauphin vert, Phébus libretto, traduit de l’anglais par Maxime Ouvrard.
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13 Commentaires Ajoutez le vôtre
1. anjelica | août 7th, 2007 at
Jamais lu cette auteure que je vois partout sur les blogs depuis quelques temps !
2. Camille | août 7th, 2007 at
Ta critique me donne très envie! Je note!
3. carine-solivellas | août 7th, 2007 at
C’est aussi vraiment par hasard que j’ai découvert ce livre. Je crois qu’il a beaucoup de succès en effet car il était en rupture chez l’éditeur il y a quelques semaines. J’espère que vous pourrez le trouvrer. Trois autres titres de cette auteure sont disponibles chez Phébus : “l’arche dans la tempête, “la colline aux gentianes” et “les amants d’oxford”.
4. fanchon68 | novembre 14th, 2007 at
J’ai lu pour la première fois cet ouvrage à mon adolescence et je ne cesse de le relire… je le recommande chaleureusement ainsi que les autres ouvrages d’Elisabeth Goudge
5. richard josette | novembre 27th, 2007 at
quel plaisir de voir q’enfin Elisabeth Goudge est lue et appréciée par de nouveaux lecteurs
Je l'’avais pour ma part, decouverte en 1966 je crois avec ” l’arche dans la tempête” que j’ai lu et relu toujours avec le même bonheur. Une sorte d’initiation au bonheur en quelque sorte. Depuis j’ai découvert d’autres titres dans les brocantes ou parfois en réédition. Je salue amicalement tous les amateurs de cet écrivain admirable et bienfaisant.
6. Annick | décembre 4th, 2007 at
j’ai lu mon premier elizabeth goudge (”L’Auberge du Pélerin”) à l’adolescence car cette auteur était très prisée des écoles chrétiennes et je n’en ai rien retenu qu’un profond ennui. Je l’ai redécouverte il y a 2 ou 3 ans, car un de ses romans a été réédité chez france loisirs (Le Pays du Dauphin vert”) et ce fut une agréable surprise. C’est un des rares livres que je relirais avec plaisir. Je viens d’achever “La Cité des Cloches” qui est merveilleux de poésie et de philosophie et je viens de commencer “La Vallée qui chante”.
7. Boinet-Mazé Cécile | décembre 8th, 2007 at
J’ai lu les livres d’Elisabeth Goudge dans ma jeunesse, et ils m’avaient ravie. Je n’avais pas lu celui-ci. Je suis frappée par sa merveilleuse sensibilité, et ses descriptions si justes qu’on voit les paysages dont elle parle.C’est un auteur qui illumine la vie.
8. Marie-Caroline | février 8th, 2008 at
Mon roman préféré depuis l’adolescence.
Tout y est : l’amour, l’aventure, l’enfance, les difficultés de la vie, je le lis avec un plaisir renouvelé à chaque étape de mon existence, et les descriptions sont effectivement frappantes.
La Cité des Cloches et l’Arche dans la Tempête sont également un pur bonheur de lecture, avec une certaine rudesse et impétuosité en moins.
9. neraida | février 11th, 2008 at
Tous les ouvrages d’Elisabeth Goudge sont formidables… Ils ont quelque chose de magique!! Mon prefere c’est “l’enfant venue de la mer”.
10. carine-solivellas | février 13th, 2008 at
Merci pour tous ces conseils. Je vais découvrir avec plaisir ses autres oeuvres !
11. monique flou | février 13th, 2008 at
j’ai une passion pour cet auteur merveilleux que j’ai découvert il y a déjà 40 ans, je possède beaucoup de ses livres en éditions de poche et j’essaye de reconstituer la liste de ses oeuvres, mais apparemment elles sont très nombreuses, outre celles très connues comme le pays du Dauphin Vert j’en ai trouvé d’autres que j’ignorais - si quelqu’un veut cette liste je la lui communiquerai avec plaisir, mais les éditions son épuisées et il faut aller à la pêche chez les bouquinistes et dans les villages du livre
12. Bosc Jean Pierre | mars 15th, 2008 at
J’avais 18 ans quand j’ai lu cet auteur,je ne m’interressais pas aux livres,Elizabeth Goudge m’a donné l’envie de lire ,j’ai 57 ans,et je n’ai jamais arrêté de lire.Pour mois ,le pays du dauphin vert est vraiment ma bible je l’ai lu plusieurs fois avec autant de plaisir.Je cherche à acheter
tous ce quelle a écrit.j’ai déja quelques livres.
13. BAUD JOSETTE | octobre 13th, 2008 at
effectivement les romans d’Elisabeth Goudge sont des merveilles et les lire ou relire en cette période troublée vous plonge dans un univers de beauté extraordinaire
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