Dans le scriptorium

samedi 24 mars 2007

paul-auster-scriptorium.jpgComme beaucoup, je me suis lancée dans le nouvel opus de Paul Auster. Pour être franche, c’était avec précaution, sans rien en attendre. La première partie de La nuit de l’oracle m’avait complétement bluffée, la seconde cruellement déçue. Brooklyn Follies m’avait laissée perplexe car je n’avais pas complètement retrouvé sa patte. Et pourtant me voici dans le scriptorium… Après tout, l’écrivain est plutôt très bon, et c’est justement parce que l’on sait de quoi il est capable que l’on est déçu !
Dans ce roman, un vieil homme se réveille dans une chambre, seul, désorienté. Il ne sait pas pourquoi il est enfermé là, entre ces quatre murs. Il ne sait pas non plus qui sont les gens qui un à un viennent s’occuper de lui ou simplement lui parler, ni à qui appartiennent ces visages en noir et blanc dont on a déposé les photographies sur son bureau. “Mr. Blank”, comme son nom l’indique, est une page blanche, un vide, le néant sur lequel se réécrivent un à un les souvenirs perdus. Son seul indice, les “visiteurs” semblent avoir travaillé pour lui dans le passé.
Paul Auster nous offre une variation sur la relation du personnage et de l’écrivain, sur le pouvoir des mots et de l’invention en s’interrogeant une fois encore sur le processus de création. Enfermé dans cette chambre blanche, le vieil homme symbolise le personnage coincé dans la page, mis là par le tout-puissant Ecrivain, agissant au gré de l’imagination
parfois cruelle de son inventeur, condamné à chaque nouvelle lecture aux mêmes gestes,à la même histoire. Comme d’habitude, le lecteur est immédiatement embarqué dans cet univers étrange, comme d’habitude, l’écriture est précise, ciselée et dense et le propos intelligent, cohérent et bien mené.
Alors, cet ouvrage m’a-t-il “réconciliée” avec Paul Auster ? Oui sans nul doute. Mais je crois que l’ouvrage est intéressant et savoureux lorsque l’on connaît bien l’oeuvre. On peut en effet le considérer comme une ultime étape dans la réflexion que l’écrivain mène depuis des années sur l’écriture, peut-être même comme un aboutissement. Avec ce véritable pied de nez de l’écrivain enfermé, (rappelez-vous comment il a enfermé son personnage dans La nuit de l’oracle !) on a en quelque sorte l’impression que la boucle est bouclée : la construction en forme de poupée russe, au lieu d’ouvrir le récit, l’enferme dans une répétition figée. “Noir” est le mot de la fin. Rideau. Alors, y aura-t-il un autre Paul Auster ? On l’espère mais peut-être sous une forme différente, qui sait…
Je vous conseille en tous cas de faire un tour sur le blog de Flo et Florinette, passionnés et grands connaisseurs de Paul Auster qui vous en apprendront beaucoup sur l’oeuvre de ce grand écrivain. Et si vous ne commencez pas par Dans le scriptorium, d’autres romans tels que La trilogie new-yorkaise ou Léviathan par exemple, devraient vous combler.

Paul Auster, Dans le scriptorium, Actes Sud, traduit de l’américain par Christine Le Boeuf.
Les romans de Paul Auster ont paru chez Actes Sud et en poche, dans les collections Babel et Livre de Poche.

Entry Filed under: Littérature étrangère

Laissez un commentaire

Required

Required, hidden

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Articles récents


Maxibourrin