Dans la main du diable - Anne-Marie Garat

lundi 24 novembre 2008

dans-la-main-du-diable_large.jpgCertains livres vous accompagnent longtemps, au sens propre comme au figuré. Il en fut ainsi pour moi de Dans la main du diable, un roman foisonnant, prenant, superbement écrit et documenté.

A la veille de la Grande Guerre, Gabrielle et sa tanta Agota ont rendez-vous au ministère de la guerre pour apprendre la mort de Endre - le fils de cette dernière - survenue en Birmanie dans des conditions inexpliquées. De lui, ne restent qu’une vieille malle et quelques oripeaux, dont Gabrielle, sa fiancée, ne peut se contenter. Plus encore, l’annonce de la mort de son grand amour lui paraît inconcevable. Aidée par un fonctionnaire du ministère, elle décide de mener une enquête et découvre l’identité de l’homme qui a accompagné Endre dans ses derniers moments. Elle parvient rapidement à se faire engager comme institutrice dans la famille de celui-ci. Mais ses découvertes dépassent tout ce qu’elle avait imaginé. Secrets de famille, secrets d’Etat, elle se retrouve vite au cœur dans une histoire qui la dépasse. Elle s’est glissée “dans la main du diable”…
Le roman ne saurait pourtant se résumer pas à cette intrigue. Portrait complet de la société française avant la guerre, il explore toutes les facettes de la modernité en marche : débuts du cinématographe, conditions de la femme, industrialisation galopante. Voilà ce qui le rend passionnant. Le monde est en train de changer, la guerre approche, la tension est palpable aussi bien dans les milieux bourgeois que populaires. La romancière donne vie à une galerie de personnages hauts en couleurs, savoureux. Elle maîtrise totalement l’intrigue qu’elle distille par petits bouts pour mieux tenir le lecteur en haleine et porte sur la société d’alors un regard juste et complet.
Sans doute n’est-ce pas un hasard, si le petit Marcel Proust apparaît à la fin du roman, en clin d’œil et hommage à celui qui a si bien exploré l’âme humaine.

Passionnant pour les amateurs de grand roman, ceux qui aiment les histoires, qui se laissent emporter par les passions des personnages. Et l’écriture est vraiment superbe. Quelle œuvre !

Anne-Marie Garat, Dans la main du diable, Actes Sud collection “Babel”

Entry Filed under: Littérature française

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