Coups de langue

lundi 22 janvier 2007

portrait de Michel VolkovitchQuand j’ai vu le recueil de Michel Volkovitch sur la table de la librairie, pas un instant je n’ai hésité. Je me suis souvenue, soudain, du plaisir que j’avais à lire, dans la Quinzaine Littéraire - il y a plusieurs années déjà - la précieuse chronique. J’avais presque oublié que mon enthousiasme pour ces petits trésors d’explication littéraire m’avait un jour amenée à déjeuner avec ce professeur éminent.
Et mon souvenir ne m’a pas trahi ! Je reste en admiration devant cette démarche si rare, ou rarement si réussie, qui permet à tout à chacun de décupler son plaisir de lecture. Michel Volkovitch révèle d’imperceptibles phénomènes qui participent de la beauté et du style d’une phrase, d’un fragment. On est saisi par la justesse, la finesse et la précision de l’analyse qui parfois fait appel à des sentiments très subjectifs mais qui appartiennent en fin de compte à une sorte d’inconscient collectif. Par cette analyse, on finit par identifier la source de sa propre sensation.

De Flaubert à Christian Gailly en passant par Antoine Volodine, les exemples qui illustrent le propos font appel à toutes les époques et à tous les genres. Les pourfendeurs du commentaire composé par lequel “on fait dire au texte tout un tas de choses que l’auteur n’avait pas l’intention d’évoquer”, comprendront peut-être à la lecture de ces textes ce qu’on attendait d’eux et reconnaîtront que l’analyse littéraire est une science très sophistiquée !

Et il ne faut pas croire que les mécanismes une fois démontés ont moins de charme… bien au contraire. Car c’est le talent de Volkovitch d’illustrer poétiquement la dimension poétique de la langue. Et il n’est pas inintéressant de songer que ces notations proviennent certainement de l’expérience de Volkovitch traducteur littéraire, chargé de transposer dans sa version, la poésie (au sens large) du texte original.

Selon moi, les textes de Volkovitch sont une invitation à ralentir le rythme, la lecture, à se donner le temps de savourer. Qui n’a jamais ressenti le besoin d’interrompre délibérement une lecture passionnante pour faire durer le plaisir, pour ne pas finir tout de suite, pour ne pas quitter trop vite l’univers d’un roman, le style d’un auteur ? Volkovitch nous le dit ” on ne lit pas bien, si l’on n’est pas en train d’écrire avec l’auteur. ” Et le travail de l’écrivain est souvent lent, en tous cas, nécessite une temps de maturation.

La littérature serait-elle un peu comme le vin, dangereuse pour qui l’absorbe en excès (Don Quichotte), nectar pour qui sait la goûter (et la choisir) ?

” Un matin pas très réveillé, dans le métro qui m’emmène bosser, pas très en train, je lis cette phrase de Bachelard, dans L’Eau et les Rêves qui me réveille :

” Chacun possède à la maison une fontaine de Jouvence en sa cuvette d’eau froide dans un énergique matin. “

Le mot-clef, aucun doute, c’est “énergique”. Et pourtant la phrase acquiert plus d’énergie encore si on ne met pas ce mot là en vedette à la fin. Par quel tour de passe passe ? “

Pour le savoir, procurez-vous ce livre d’urgence ! Et visitez le site de Michel Volkovitch : volkovitch.com

Michel Volkovitch, Coups de langue, Maurice Nadeau Editeur, 2006

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