Clémentine Beauvais, Songe à la douceur

couv-songe-a-la-douceurClémentine Beauvais signe un véritable bijou. Un roman ciselé, tendre, poétique, drôle et incroyablement moderne. Publié dans une collection pour ados, ce roman ne doit échapper à aucun adulte !

Songe à la douceur réinterprète le célèbre roman de Pouchkine, Eugène Onéguine. Dans cette version années 2000, Tatiana a 24 ans et rencontre par hasard dans le métro parisien son grand amour d’adolescence, Eugène, qui lui brisa le cœur le jour de ses 15 ans. Eugène plus âgé que Tatiana est sujet au spleen, « le mal d’un siècle qui n’est pas le sien », Tout l’ennuie et il croit avoir tout compris. Tatiana, elle, est une jeune fille romanesque, romantique et passionnée. Séparés pendant dix ans à la suite d’un drame, ces deux-là se retrouvent, jeunes adultes, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait d’autres. Eugène, cette fois, tombe désespérément sous le charme de Tatiana. Mais leur histoire inachevée aura-t-elle droit à une seconde chance ?

Il y a dans ce roman d’abord, le travail de l’écriture. Une poésie sublime, une mise en page, qui n’est pas simplement là pour le décor, car chaque espace est un silence qui compte, chaque retour à la ligne est une respiration, un effet sur la phrase et donne à entendre une musicalité, un rythme qui nous embarque. Une invitation au voyage littéraire.
Il y ensuite, cette adolescence magnifiquement décrite, ses battements du cœur qui prend l’ascenseur, ses joues grenadines, ses toujours et à jamais. C’est eux et nous au même âge. Il y enfin l’histoire d’amour, contée comme une comédie irrésistible, avec malice (et remarquablement construite) par une narratrice omnisciente et bienveillante. Et puis, en filigrane cette question : l’amour adolescent survit-il à l’âge adulte ? Que perdons-nous en route si ce n’est « ces toujours », ces « à jamais », cette certitude d’avoir tout compris.

On pourrait citer ici chaque phrase, car elles sont toutes magnifiques. Lisez-le, offrez-le, car la douceur qui émane de ce roman délicat et de très grande qualité doit se partager.

Clémentine Beauvais, Songe à la douceur, édition Sarbarcane.

« Au début ils sont maladroits comme des feuilles,
Tatiana friable, Eugène fanfaron,
ils se bousculent dans leur conversation, ils n’arrivent
pas
Mais    toujours    Je pense    exactement    Non vas-y
Non non tu disais
      Oh je disais juste
à se synchroniser
Eugène veut toujours en dire plus, Tatiana moins ;
elle traversière, lui basson,
il lui discute dessus, elle lui murmure dedans :
au début il se parlement à contretemps. »

 

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