Céleste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Lydia est morte, elle venait d’avoir 16 ans. Son corps flotte au milieu du lac, derrière la maison familiale. Mais ce matin-là, à la table du petit-déjeuner, les membres de sa famille – ses parents, son frère et sa sœur – l’ignorent encore. Lydia était une jeune fille brillante, belle et solitaire. Aurait-elle suivi un inconnu, est-ce un accident, peut-être un suicide ?
Nous sommes en 1977 dans une petite ville de l’Ohio. Pour découvrir la vérité, il faut s’intéresser aux liens qui unissent cette famille dans le contexte de l’époque. Le père, James Lee, est professeur d’Histoire à l’université. Fils d’immigrés chinois, il a souffert de solitude et de racisme dans cette Amérique étriquée des années 50 et veut plus que tout que ses enfants «s’intègrent », aient des amis, quitte à ne pas remarquer combien il est difficile pour eux aussi, de se faire une place. Marylin, la mère, brillante étudiante en médecine, accablée par le poids familial traditionnel, s’est finalement tenue à son rôle de mère au foyer et rêve pour Lydia, de ce destin exceptionnel qu’elle n’a pu accomplir.
Que représentait Lydia pour eux ? Elle fut leur soleil, leurs espoirs, leurs attentes, et éclipsait même les deux autres enfants, simples spectateurs de l’admiration inconditionnelle et presque fanatique de leurs parents à l’égard de leur sœur. Au-delà de l’enquête proprement dite, ce qui rend ce roman passionnant, c’est la description fine et juste des rapports familiaux : comment une famille se construit sur les non-dits, les silences, les incompréhensions mutuelles.
A mesure que l’histoire avance, les pièces du puzzle se mettent en place grâce à une construction maîtrisée et une utilisation des flash back pertinente qui maintient parfaitement le suspense. Un roman qui n’est pas un « vrai policier » mais qui est en permanence tendu, à l’atmosphère épaisse, comme si l’étau progressivement se resserrait autour de Lydia. Face au drame qui les touche, chaque membre de la famille est amené à comprendre « ce qu’ils ne se sont jamais dit ».
A travers la famille Lee, Céleste Ng nous ramène à nos propres terreurs, à la façon dont nous nous aimons. C’est cette résonance qui nous poursuit longtemps.

Céleste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau, Sonatine (2016)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *