Littérature française

L’enfant des ténèbres - Anne-Marie Garat

enfant_tenebres.gifSuite de Dans la main du diable, L’enfant des ténèbres se situe près de 20 ans plus tard, en 1933. On y retrouve avec plaisir tous les personnages du premier opus, de Paris à Berlin en pleine montée du fascisme. Aussi fascinant que le premier, l’intrigue a toutefois plus de mal à se mettre en place.

Alors que dans le roman Dans la main du diable, on suivait les aventures de Gabrielle, on partage ici les déboires de Camille. Camille, la petite fille de 5 ans dont s’occupait Gabrielle a grandi, vécu aux Etats-Unis et rencontré là-bas un jeune photographe hongrois dont elle a partagé la vie quelques semaines. A la mort brutale de ce dernier, Camille rentre en France. Comme tous les autres personnages, dont beaucoup étaient déjà présents dans Dans la main du diable, elle est emportée malgré elle dans la tourmente de la Résistance… Tous se croisent et oeuvrent pour un réseau commun dont ils ignorent l’étendue…Si vous avez aimé Dans la main du diable (parce qu’il est impératif de commencer par celui-ci), ses qualités narratives, son extraordinaire plongée dans l’Histoire et sa vision globale de l’époque, vous ne serez pas déçu.

J’ai cependant eu plus de mal à intégrer tous les personnages et à comprendre le lien qui existait entre eux. Quant à l’intrigue, qui fait écho à celle de Dans la main du diable, vous devrez patienter longtemps avant de la découvrir… Moins emballée peut-être, je n’en reste pas moins admirative de cette œuvre complexe et riche dont j’adore l’écriture. On parle d’ailleurs d’une suite…

Anne-Marie Garat, L’enfant des ténèbres, Actes Sud

1 commentaire mercredi 17 décembre 2008

Dans la main du diable - Anne-Marie Garat

dans-la-main-du-diable_large.jpgCertains livres vous accompagnent longtemps, au sens propre comme au figuré. Il en fut ainsi pour moi de Dans la main du diable, un roman foisonnant, prenant, superbement écrit et documenté.

A la veille de la Grande Guerre, Gabrielle et sa tanta Agota ont rendez-vous au ministère de la guerre pour apprendre la mort de Endre - le fils de cette dernière - survenue en Birmanie dans des conditions inexpliquées. De lui, ne restent qu’une vieille malle et quelques oripeaux, dont Gabrielle, sa fiancée, ne peut se contenter. Plus encore, l’annonce de la mort de son grand amour lui paraît inconcevable. Aidée par un fonctionnaire du ministère, elle décide de mener une enquête et découvre l’identité de l’homme qui a accompagné Endre dans ses derniers moments. Elle parvient rapidement à se faire engager comme institutrice dans la famille de celui-ci. Mais ses découvertes dépassent tout ce qu’elle avait imaginé. Secrets de famille, secrets d’Etat, elle se retrouve vite au cœur dans une histoire qui la dépasse. Elle s’est glissée “dans la main du diable”…
Le roman ne saurait pourtant se résumer pas à cette intrigue. Portrait complet de la société française avant la guerre, il explore toutes les facettes de la modernité en marche : débuts du cinématographe, conditions de la femme, industrialisation galopante. Voilà ce qui le rend passionnant. Le monde est en train de changer, la guerre approche, la tension est palpable aussi bien dans les milieux bourgeois que populaires. La romancière donne vie à une galerie de personnages hauts en couleurs, savoureux. Elle maîtrise totalement l’intrigue qu’elle distille par petits bouts pour mieux tenir le lecteur en haleine et porte sur la société d’alors un regard juste et complet.
Sans doute n’est-ce pas un hasard, si le petit Marcel Proust apparaît à la fin du roman, en clin d’œil et hommage à celui qui a si bien exploré l’âme humaine.

Passionnant pour les amateurs de grand roman, ceux qui aiment les histoires, qui se laissent emporter par les passions des personnages. Et l’écriture est vraiment superbe. Quelle œuvre !

Anne-Marie Garat, Dans la main du diable, Actes Sud collection “Babel”

1 commentaire lundi 24 novembre 2008

Jacques Tournier - Zelda

zelda.jpgZelda et Scott Fitzgerald n’en finissent pas d’inspirer les écrivains. Après Gilles Leroy avec Alabama Song -prix goncourt 2007-, c’est au tour de Jacques Tournier, éminent traducteur des œuvres de Fitzgerald de proposer une variation sur la vie de celle qui fut “la Belle de Montgomery”.

Jacques Tournier a choisi de privilégier leur relation amoureuse et une fois encore, Zelda est l’héroïne de cette tumultueuse passion. Notre regard se porte d’abord sur cette femme abîmée, seule, dans la clinique où elle est internée.
Et pourtant… on sent combien, malgré les ruptures, les éclats, le scandale, les déceptions et les trahisons, l’alcool et la folie, ces deux êtres n’ont jamais vraiment cessé de s’aimer. Grâce au témoignage de Scottie, la fille de Scott et Zelda, on saisit toute la complexité de leur relation. Qui a entraîné l’autre dans la spirale de la déchéance ? Nous ne le saurons jamais. Concurrence, jalousie, soumission de Zelda à son mari, oui, tout cela a existé. Mais combien leurs mots sont doux quand vient le temps de l’absence.
Scottie : “Ma seule certitude et elle est vitale pour moi, c’est qu’ils se sont aimés jusqu’à la fin. D’un amour impossible peut-être, plus rêvé que réel dans les derniers temps, déchirés qu’ils étaient entre le désir de revivre ensemble et le regret du passé. Mais cet amour les unit à jamais l’un à l’autre”
Ce n’est pas une fiction, à l’instar d’Alabama Song, mais une biographie qui s’appuie sur des lettres, des rencontres et des études de textes. Ecrit dans une langue parfaite, c’est un texte dense et très émouvant.
Nul doute que Zelda et Scott continueront de hanter l’imaginaire des écrivains. Artistes complexes, amants passionnés, élevés au rang de couple mythique, ils ont brûlé leurs ailes à tout attendre de la vie… et en ont fait un roman à l’issue tragique.

Jacques Tournier, Zelda, Grasset.

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Rencontre avec Michèle LESBRE à la librairie Folies d’encre

canape-rouge.jpgLa librairie FOLIES D’ENCRE et l’association ENLIVREZ-VOUS ont le plaisir de vous inviter à une rencontre avec Michèle LESBRE le 11 mars 2008 à partir de 18 heures à l’occasion de la parution de son roman Le canapé rouge aux éditions Sabine Wespieser.

L’avis de la libraire : “Entre transsibérien et Paris, entre passé et présent, la rencontre de deux femmes, leur complicité…
Roman à l’écriture sensible et en touches délicates pour nous dire la vie, ses blessures et ce formidable ressort qu’est le désir !”

Michèle Lesbre est auteur notamment de La petite trotteuse, Boléro chez le même éditeur et de Une simple chute (Babel noir).
Librairie FOLIES D’ENCRE, 53, avenue Gabriel Péri 93400 Saint-Ouen (Métro Garibaldi)

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Hélène Berr - Journal

journal-heleene-berr.jpg“Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d’Hélène Berr et marcher à ses côtés “ écrit Modiano dans la préface de ce journal écrit entre 1942 et 1944 par une jeune parisienne de 21 ans, juive. Il faut écouter la voix d’une femme intelligente, sensible, dévouée et courageuse dans un monde qu’elle sent lui échapper à mesure que ceux qu’elle aime sont déportés. C’est d’abord, dans la première partie, le journal d’une femme qui témoigne et consigne scrupuleusement les événements du jour “pour ne pas les oublier, parce qu’il ne faut pas les oublier.” Une succession de noms, de moments volés heureux. La guerre semble encore loin quand résonnent chez elle la musique et la poésie qu’elle affectionne. Hélène prépare alors l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. C’est surtout le journal d’une jeune fille de 21 ans, éblouie par la beauté de Paris sous le soleil d’été qui sent vibrer en elle les premiers émois amoureux.

Et puis la rupture : le port obligatoire de l’étoile jaune qui la stigmatise et l’arrestation de son père pour un motif fallacieux. Hélène se sent déchirée. “Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune.” Le départ de Jean, son fiancé pour l’Espagne la laisse seule en proie à ses doutes, à ses angoisses.

Elle s’investit comme assistante sociale pour aider les familles juives mais malgré les menaces qui pèsent sur sa famille, reste à Paris. Quand elle reprend son carnet en 1943, le ton a changé. La jeune femme marquée par les souffrances n’a plus l’insouciance et la légèreté d’hier. Le ton est grave, c’est celui du “calme désespoir”. “Beaucoup de gens se rendront-ils compte de ce que cela aura été que d’avoir 20 ans dans cette effroyable tourmente, l’âge où l’on est prêt à accueillir la beauté de la vie, où l’on est prêt à donner sa confiance aux hommes ?” Mais elle continue d’écrire inlassablement, par amour cette fois pour son fiancé à qui elle destine ces mots, pour l’Humanité aussi, pour que s’élève sa voix contre la Terreur. Le plus extraordinaire est sa perception très nette de ce qui est en train de se produire et même au-delà, des conséquences humaines du régime nazi. “A chaque heure de la journée se répète la douloureuse expérience qui consiste à s’apercevoir que les autres ne savent pas”. Elle comprend tout, jusqu’à la solution finale. Son texte est ponctué de citations littéraires, d’extraits sur lesquels elle réfléchit et argumente de façon très intéressante. Finalement arrêtée en 1944, elle mourra à Bergen Belsen.

C’est un texte poignant et magnifique. Lisez-le pour la force du témoignage, pour la mémoire bien sûr et surtout pour sa grande qualité littéraire. L’écriture d’Hélène Berr est fluide, maîtrisée, sans ratures semble-t-il, tant était claire sa pensée.
Modiano écrit dans sa superbe préface qu’elle aurait pu devenir un grand écrivain. Je crois qu’elle l’est déjà avec ce texte. C’était surtout une belle personne dont le souvenir, comme celui d’une amie perdue, vous poursuivra longtemps.

Hélène Berr, Journal, Editions Tallandier.

2 commentaires mercredi 13 février 2008

Modiano - Dans le café de la jeunesse perdue

cafe-jeunesse.jpgEncore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne.
Louki l’absente. Qui était-elle ? Que cherchait-elle ? Trois hommes qui l’ont connue éclairent peu à peu des tranches de vie de cette jeune femme mystérieuse qui leur a échappé. Ils la racontent, ils cherchent son empreinte et des réponses à leurs questions en retournant sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Louki a toujours cherché à s’effacer, à partir : des fugues quand elle vivait avec sa mère, l’abandon du domicile conjugual et jusqu’à son prénom -Jacqueline- qu’on lui a ôté. “Je crois bien qu’elle se sentait soulagée de porter ce nouveau prénom. Oui. Soulagée.” C’est surtout elle-même que fuit “Louki Le Néant” comme elle s’est rebaptisée. Fuir et trouver un point fixe où se poser, où être soi. “Il faut trouver un point fixe pour que la vie cesse d’être ce flottement perpétuel” disait déjà la Petite Bijou. Mais Louki ne peut pas : ni l’amour, ni le mysticisme, ni la “neige” ne peuvent l’aider.

Modiano, c’est un peu mon rêve familier, celui “étrange et pénétrant d’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ” (Verlaine). Un Eternel retour dans ce Paris des années 60 et ces lieux de passage que ses personnages hantent - les cafés, les hôtels. “Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres.”
Et cela me touche toujours. J’aime la simplicité de sa langue poétique, la délicatesse de ses non-dits, la fragilité des personnages - la nôtre, la sienne -, la nostalgie qui émane de chacun de ses mots.
Dans le café de la jeunesse perdue est une nouvelle variation sur la quête de sens. Mais une fois encore, il n’apporte pas de réponse. Pour Louki, comme pour les autres, il ne reste que la fuite, l’absence. Et toujours cette question : que reste-t-il d’un homme ou d’une femme ? Quelques souvenirs, un livre annoté, un carnet où votre nom apparaît. C’est tout.
Les personnages de Modiano s’échapperont encore. Tant mieux. Ainsi Modiano poursuivra sa recherche. Et inlassablement, je l’accompagnerai.
Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard

1 commentaire jeudi 20 décembre 2007

Gilles Leroy - Alabama Song

alabama-song.jpg“Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La future fiancée du futur grand écrivain”. En se glissant dans la peau de Zelda, l’épouse de Francis Scott Fitzgerald, pour en écrire la biographie imaginaire, Gilles Leroy dresse le portrait passionnant d’une femme hors du commun.

1918. Zelda, “Belle du Sud”, si belle, court les bals et les fêtes de Montgomery en Alabama. Vivante, espiègle, effrontée, elle attire les regards des hommes, de tous les hommes. Le lieutenant Fitzgerald, lui, a 20 ans. Il est beau, si beau et prometteur. Il veut devenir, rien de moins, le plus grand écrivain de sa génération. Il n’est pas comme ses autres prétendants et Zelda sera à lui, c’est décidé. Mais qu’il devienne d’abord cet écrivain reconnu. Son premier roman est un succès et vite New York se l’arrache. Zelda l’épouse. Ambitieux, excessifs, provocants, ces deux là se ressemblent. Ils seront partout, de toutes les fêtes, de tous les événements. Leur couple symbolisera les années 20, l’âge du jazz, la course folle à travers la vie. Elle sera sa muse et le modèle de ses personnages féminins, ils côtoieront les plus grands artistes du moment. Puis leurs disputes perpétuelles défraieront la chronique et Zelda sera internée.
Gilles Leroy a choisi d’habiter le personnage de Zelda en écrivant à la première personne ses souvenirs. Mais si certains éléments sont authentiques, il s’agit bien d’une fiction. D’où sa force et son impact. Car cette femme-là s’exprime crûment et désespérément. Tour à tour éperdue d’amour pour son mari écrivain, haineuse quand ses succès à elle ne sont pas à la mesure de ses espérances.
Danseuse, écrivaine, peintre, elle possède pourtant tous les talents mais, incapable d’achever une oeuvre, vampirisée par son mari, perdue par les excès de boisson, elle passe à côté de sa vie, de la reconnaissance, de l’amour et assiste à sa propre déchéance. Gilles Leroy mêle avec force les époques et la voix de la belle Zelda des années 20 se confond avec celle de la femme vieillissante et amère des années 40.
L’auteur a aimé cette femme et c’est bien sa voix que l’on entend. Les biographies imaginées quand elles sont faites par de bons écrivains, sont passionnantes car leur talent se met au service du génie de l’artiste dont ils s’emparent. Et il n’en fallait pas moins pour explorer cette vie de couple extraordinaire, cette vie de femme dont la seule volonté était d’exister par elle-même et pour elle-même. Avec ce livre très réussi, c’est chose faite.

Gilles Leroy, Alabama Song, Mercure de France ; Prix Goncourt 2007

5 commentaires mardi 09 octobre 2007

Bernard Giraudeau - Les dames de nage

dames-de-nage.jpg Un doux soir du mois de juillet. Je retrouve deux amis que le temps avait éloignés. Un petit cadeau pour toi, disent-ils : Les dames de nage de Giraudeau. Un livre idéal parfaitement choisi par ces amis voyageurs qui savent que je dois rester tranquille à la maison et ont décidé de m’embarquer avec Giraudeau pour un tour du monde.

Le narrateur Marc Austère, réalisateur de documentaires, marin, aventurier, est d’abord un ami, et un amoureux. Ce qu’il transcrit ici, ce sont ses voyages, ses expériences, ses amours. A travers ses rencontres, qu’ils s’agissent d’hommes, de femmes, d’êtres magnifiques ou complètement perdus, il dresse un magnifique portrait, celui d’une humanité blessée, constamment à la recherche fragile du bonheur. Des histoires émouvantes et sincères que son grand talent de conteur rend inoubliables.

Alors oui, j’ai voyagé à ses côtés, participé à cette virée entre Afrique et Amérique de Sud, goûté aux couleurs, touché ces êtres et senti le souffle du vent grâce à son écriture sensuelle et poétique. J’ai aimé cet hymne à la beauté du monde … et à la vie, celle qu’on brûle par les deux bouts, qu’on tente de rattraper, de comprendre parfois, de vivre tout simplement.

“Il faut être l’arbre à papillons, prêt à accueillir le bonheur et tu verras, il viendra sur ton épaule. C’est un jour de grande fatigue, en fermant les yeux que je l’ai vu.”

Bernard Giraudeau, Les dames de nage, Métailié

3 commentaires jeudi 30 août 2007

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