Littérature étrangère

Le retour

retour.jpgBeaucoup se souviennent du Liseur de Bernhard Schlink paru il y a 10 ans et traduit dans plus de trente-sept langues, cette histoire d’amour sensuelle entre un jeune homme de 15 ans et une femme plus âgée dont il découvre quelque temps après la fin de leur liaison l’inavouable secret. Après plusieurs polars et quelques nouvelles, Schlink poursuit la réflexion commencée dans Le liseur : pouvons-nous, à défaut d’excuser le nazisme, tenter de comprendre ses motivations et les hommes qui y ont participé ? Démarche nécessaire ou vain parcours ?
Les grands-parents de Peter Debauer travaillent comme correcteurs d’une collection de livres «pour le divertissement de qualité». Chaque année, Peter passe les vacances chez eux en Suisse et se sert des épreuves pour rédiger ses devoirs. Malgré l’interdiction formelle de ses grands-parents, il entame la lecture de certaines d’entre elles et découvre l’histoire de Karl, un prisonnier allemand de retour au pays dont la femme ne l’a pas attendu et a refait sa vie. Très vite, il perçoit dans ce récit d’étranges similitudes avec sa propre vie. Mais la fin de cette Odyssée lui manque. Il engage alors des recherches sur l’auteur qui le conduiront au coeur de l’histoire allemande, au coeur du passé de sa propre famille.

Quoique attirante, l’histoire se perd en cours de route. Tandis que Le liseur était d’une grande intensité et d’une grande force, la recherche qu’entame le narrateur du Retour est parasitée par des histoires d’amour complexes et des retours en arrière parfois très longs. Il s’agit pour le narrateur d’une recherche identitaire à plusieus niveaux - il cherche un homme mais cherche aussi à savoir qui il est - mais celle-ci semble ne devoir jamais aboutir. Et l’on reste sur une sensation floue d’inachevé. Bref, une petite déception pour moi.

B. Schlink, Le liseur, Folio

B. Schlink, Le retour, Gallimard “du monde entier”

4 commentaires mercredi 21 février 2007

La reine de l’Idaho

reine-de-idaho1.jpgThomas Savage, auteur américain disparu depuis 3 ans encore peu connu en France mais considéré outre-Atlantique comme un classique a écrit 13 romans dont 3 seulement sont traduits en français. C’est peu et c’est dommage !
Consolons-nous car nous avons tout de même à notre disposition Le pouvoir du chien et La reine de l’Idaho pour le découvrir… et les deux en valent la peine si vous aimez les histoires du grand Ouest américain, les personnages complexes, les sagas familiales.

Le narrateur de La reine de l’Idaho est écrivain. Sa vie est bouleversée le jour où il reçoit une lettre d’une femme prétendant être sa soeur qui dit avoir été abandonnée à sa naissance par leur mère. Pour comprendre et accepter ce secret de famille, il retrace alors lentement l’histoire de ses ancêtres sur cinq générations : sa mère sublime, son père, un excentrique vite disparu loin de lui et surtout sa grand-mère, la reine du mouton de l’Idaho, véritable maîtresse-femme, qui toute sa vie a dominé d’une main de fer son ranch et sa famille. La narration est subtile et nuancée, le ton enlevé, parfois même humoristique, l’évocation du Montana puissante et les personnages ont du caractère : tous les atouts d’un excellent roman.

Le style est bien différent dans Le pouvoir du chien, un huis-clos oppressant entre deux frères, la femme du cadet et le fils de celle-ci dans un ranch du Montana des années 20. Histoire de jalousie, de rapports de force et de vengeance, la tension monte au fil du livre et la violence réprimée se sent dans chaque phrase. Mais la maîtrise du récit est toujours la même et plus impressionnante encore.
Les 2 romans ont paru chez Belfond et en 10/18; la maison d’édition a depuis édité Rue du Pacifique. Espérons qu’elle continue !

Thomas Savage, La reine de L’Idaho, 10/18, Le pouvoir du chien, 10/18, Rue du pacifique, Belfond.

1 commentaire lundi 05 février 2007

La peau froide

la-peau-froide.jpgDans quel monde incertain est-elle, cette île de l’Atlantique Sud, balayée par les vents polaires, “ce pot de fleurs égaré dans l’océan le moins fréquenté de la planète à la même latitude que la Patagonie” ? Le narrateur, activiste irlandais voulant fuir “un monde dirigé par des spirales de violence” y accepte un poste de climatologue pour un an. Sa seule compagnie : un Allemand, Batis Caffó, renfermé, bourru, secret, prétendument gardien du phare de cet îlot éloigné de toute civilisation. Toute ? Non. Inexorablement, à la nuit tombée, des créatures humanoïdes surgissant des mers, des monstres amphibies «à la peau froide» attaquent les deux hommes.
Que veulent-elles ? Prendre possession des lieux. Les deux hommes isolés, frères d’armes unis par leur seule volonté de survivre, installent la résistance. Très vite, elle seule a encore un sens. L’étau se resserre autour d’eux à mesure que la nuit australe, si démesurément longue, s’installe.

Roman fantastique au suspense angoissant, La peau froide vous tiendra en haleine par le rythme effréné des attaques des monstres. La description des éléments de l’île, sorte de no man’s land, ainsi que celle des créatures, progressive au long du roman, accentue la sensation d’angoisse et le malaise du lecteur.

Premier roman de l’anthropologue catalan Albert Sanchez Piñol, La peau froide explore avec intelligence les profondeurs de l’âme humaine. La présence des monstres sur cette île n’est en effet que le prétexte à une étude des comportements et le huis clos entre l’homme et l’animal une longue métaphore de nos peurs, de nos faiblesses. Jeu de miroir entre l’homme et le monstre - à tel point qu’on peut se demander qui est qui - le roman analyse avec finesse les logiques ancestrales du conflit entre les êtres. Les deux hommes condamnés à combattre chaque nuit leurs ennemis nous montrent deux facettes de l’être humain : la brutalité obstinée de Batis se heurtant à l’humanisme du narrateur. L’instinct pousse en effet à combattre un ennemi pour se défendre alors que l’intelligence pousse à observer pour comprendre. En mettant face à face ces deux hommes dans des conditions extrêmes - l’impossibilité pour eux de fuir l’île - l’auteur explore les frontières incertaines entre la barbarie et la civilisation, quand la peur de l’autre se mêle à la tentation de le dominer. Prisonniers sur une île, les hommes sont avant tout prisonniers d’eux-mêmes.

Ce roman a connu un succès mérité en Espagne. La langue est fluide et maîtrisée, le sujet intelligent et les pages se tournent à toute vitesse. Un très bon livre.

Albert Sanchez Piñol, La peur froide, Actes Sud (2004), paru également en collection Babel

3 commentaires dimanche 28 janvier 2007

Coups de langue

portrait de Michel VolkovitchQuand j’ai vu le recueil de Michel Volkovitch sur la table de la librairie, pas un instant je n’ai hésité. Je me suis souvenue, soudain, du plaisir que j’avais à lire, dans la Quinzaine Littéraire - il y a plusieurs années déjà - la précieuse chronique. J’avais presque oublié que mon enthousiasme pour ces petits trésors d’explication littéraire m’avait un jour amenée à déjeuner avec ce professeur éminent.
Et mon souvenir ne m’a pas trahi ! Je reste en admiration devant cette démarche si rare, ou rarement si réussie, qui permet à tout à chacun de décupler son plaisir de lecture. Michel Volkovitch révèle d’imperceptibles phénomènes qui participent de la beauté et du style d’une phrase, d’un fragment. On est saisi par la justesse, la finesse et la précision de l’analyse qui parfois fait appel à des sentiments très subjectifs mais qui appartiennent en fin de compte à une sorte d’inconscient collectif. Par cette analyse, on finit par identifier la source de sa propre sensation.

De Flaubert à Christian Gailly en passant par Antoine Volodine, les exemples qui illustrent le propos font appel à toutes les époques et à tous les genres. Les pourfendeurs du commentaire composé par lequel “on fait dire au texte tout un tas de choses que l’auteur n’avait pas l’intention d’évoquer”, comprendront peut-être à la lecture de ces textes ce qu’on attendait d’eux et reconnaîtront que l’analyse littéraire est une science très sophistiquée !

Et il ne faut pas croire que les mécanismes une fois démontés ont moins de charme… bien au contraire. Car c’est le talent de Volkovitch d’illustrer poétiquement la dimension poétique de la langue. Et il n’est pas inintéressant de songer que ces notations proviennent certainement de l’expérience de Volkovitch traducteur littéraire, chargé de transposer dans sa version, la poésie (au sens large) du texte original.

Selon moi, les textes de Volkovitch sont une invitation à ralentir le rythme, la lecture, à se donner le temps de savourer. Qui n’a jamais ressenti le besoin d’interrompre délibérement une lecture passionnante pour faire durer le plaisir, pour ne pas finir tout de suite, pour ne pas quitter trop vite l’univers d’un roman, le style d’un auteur ? Volkovitch nous le dit ” on ne lit pas bien, si l’on n’est pas en train d’écrire avec l’auteur. ” Et le travail de l’écrivain est souvent lent, en tous cas, nécessite une temps de maturation.

La littérature serait-elle un peu comme le vin, dangereuse pour qui l’absorbe en excès (Don Quichotte), nectar pour qui sait la goûter (et la choisir) ?

” Un matin pas très réveillé, dans le métro qui m’emmène bosser, pas très en train, je lis cette phrase de Bachelard, dans L’Eau et les Rêves qui me réveille :

” Chacun possède à la maison une fontaine de Jouvence en sa cuvette d’eau froide dans un énergique matin. “

Le mot-clef, aucun doute, c’est “énergique”. Et pourtant la phrase acquiert plus d’énergie encore si on ne met pas ce mot là en vedette à la fin. Par quel tour de passe passe ? “

Pour le savoir, procurez-vous ce livre d’urgence ! Et visitez le site de Michel Volkovitch : volkovitch.com

Michel Volkovitch, Coups de langue, Maurice Nadeau Editeur, 2006

Laissez un commentaire lundi 22 janvier 2007

Lolita

Lolita (1955) de Vladimir Nabokov est un chef d’oeuvre, tout le monde s’y accorde. Et pourtant, il est parfois difficile de s’en expliquer sereinement ! Ce roman se présente comme la confession des aventures de Humbert Humbert. Grossièrement, on pourrait dire que c’est un livre sur la pédophilie… dont la construction et la puissance en font un monument. A la lecture, on éprouve ainsi une curieuse sensation de jubilation mêlée de culpabilité.

Humbert Humbert, le narrateur, se trouve par un hasard implacable devenir le beau-père et l’amant de la délicieuse et orpheline Lolita, qu’il convoitait si ardemment… La description de ses fantasmes au cours de la première partie du livre est troublante. Au point que le lecteur se prend à éprouver une certaine empathie pour ce personnage qui semble condamné à la frustration. Or, publiquement, ce même lecteur n’hésiterait pas à qualifier le personnage de pervers… Pire encore, à la réalisation de ce fantasme, le lecteur éprouvera peut-être quelque pitié pour ce misérable Humbert Humbert, prisonnier de ses pulsions, qui s’évertue à négocier les faveurs d’une Lolita maussade et capricieuse. Scandale ! Le scandale reste intact plus de 50 ans après la première publication. Le point de vue adopté n’est pas celui de Lolita, et cruellement, le lecteur ne trouve que peu de raisons pour plaindre la nymphette et s’indigner de ce qui s’apparente pourtant à un viol !

En effet, ce diabolique Humbert Humbert se présente comme la victime d’un charme irrésistible dont Lolita semble jouer avec malice. Mais quel plaisir le lecteur peut-il bien tirer à suivre ces aventures incestueuses ? En fait, c’est à un autre niveau que le charme opère pour le lecteur… L’honneur est sauf ! En virtuose de l’écriture, sur un plan esthétique donc, Nabokov parvient à faire éprouver au lecteur des sensations analogues à celles de son narrateur. Nos attentes sont tour à tour déjouées, satisfaites, creusées par l’attente, déçues, surprises, détournées… par un récit captivant et savamment orchestré ! Quant au plaisir de la langue, il est extrêmement intense et surprenant, sans doute bien préservé par la nouvelle traduction (2001) de Maurice Couturier. Ce qui peut paraître encore plus extraordinaire quand on pense que l’anglais n’était pas la langue maternelle de Nabokov. Pour exemple, nous nous contenterons de citer les toutes premières phrases du roman qui sont un concentré de la force de cette écriture :

“Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta: the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta.

She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.”


“Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon pêché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de ma langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.”

Vladimir Nabokov, Lolita, 1955, traduit de l’américain par Maurice Couturier, Folio

1 commentaire dimanche 21 janvier 2007

Je vous emmène

je-vous-emmene.jpgJoyce Carol Oates nous emmène dans l’Amérique des années 60, celle d’avant l’escalade de la violence qui accompagne la lutte pour les droits civiques, celle d’avant la guerre du Vietnam. En faisant la chronique d’un campus universitaire où le seul fait d’être encore une jeune fille - à marier- « était considéré, sans ironie aucune, comme un avantage », elle trace le portrait d’une société perdue dans ses rêves d’innocence.

La narratrice de cette histoire, jeune femme rebelle, passionnée de philosophie, orpheline et rejetée par sa famille, peine pourtant à trouver ses marques dans ce milieu édulcoré. Lorsqu’elle s’éprend d’un jeune étudiant noir, elle se met à dos l’Amérique bien-pensante. Seule, mise à l’écart, c’est dans l’écriture qu’elle parviendra à trouver sa voie et à forger son identité.

Récit subtil et érudit, il vaut d’abord pour la peinture sociale de l’Amérique avant la tempête. Mais à travers l’expérience de cette jeune femme idéaliste en quête d’absolu et de vérité, l’auteur pose surtout cette question : comment un individu peut-il se retrouver - ou se trouver - dans un pays qui perd peu à peu tous ses repères et dont le futur souffle “comme un vent noir rapace.»

Je vous emmène, Joyce Carol Oates, Le livre de poche

Laissez un commentaire lundi 01 janvier 2007

Clara et la pénombre

clara3.jpg 2006. Le marché de l’art a évolué, le tableau tel que nous le connaissons est désormais dépassé et peu vendeur. Amsterdam et Vienne sont devenues les deux centres d’une nouvelle forme d’art : l’art hyperdramatique qui utilise le corps comme support artistique. C’est lui que l’on peint, que l’on déforme, que l’on exhibe dans des musées : le corps devient la toile. “L’adolescente est nue sur un podium. Le ventre lisse et l’ellipse sombre du nombril se trouvent à hauteur de notre regard.(…) Elle est peinte en terre de Sienne naturelle et ocre. Des ombres terre de Sienne foncée soulignent les seins et épousent l’aine et la fente. Nous ne devrions pas dire “fente” car nous parlons d’une oeuvre d’art (…) Devant le cordon de sécurité, un panneau indique le titre en trois langues : Défloration.”
Le monde de l’art est bouleversé le jour où cette même adolescente est tuée selon des rites sacrificiels étranges. Comment alors, faut-il voir le crime ? Est-ce l’assassinat d’une jeune fille de quatorze ans, ou la destruction d’une des toiles les plus célèbres et les plus chères du moment ?

Clara, une jeune toile espagnole est entrée dans ce système par choix. Elle rêve d’être peinte par le maître absolu de l’art hyperdramatique, d’être admirée et surtout, consécration suprême, achetée. C’est elle que l’on suit tout au long du roman : sa recherche poussée à l’extrême pour magnifier son corps, les humiliations, les sacrifices qu’elle s’impose pour arriver à ses fins, sa soif de reconnaissance et d’argent. Car “l’argent, c’est l’art” dit un des personnages. Tout en effet tourne désormais autour de lui jusqu’à l’absurde, jusqu’à la négation totale de l’individu. L’utilisation du corps va même au-delà de l’oeuvre artistique et de toute morale : les anciennes toiles sont parfois recyclées en lampe ou en chaise.

Thriller haletant, réflexion sur la recherche esthétique, sur la création, sur les dérives de l’art et ses limites, le roman de Somoza pose la question de la dualité entre éthique et esthétique : quel est le prix de la vie face à l’art ? Jusqu’où peut-on utiliser le corps à des fins artistiques ? Comment considérer l’être humain face au marché de l’industrie culturelle ? A l’heure où le corps est une marchandise de plus en plus exhibée, maltraitée, où le voyeurise fait vendre, tout ce que le roman décrit semble dangeureusement possible.

Ce roman à l’écriture fluide est original et intelligent. Somoza fait preuve d’imagination et de poésie dans la description des toiles et son travail sur les couleurs, sur l’ombre et la lumière est époustouflant. Mais son exergue met immédiatement en garde : “le beau n’est que le commencement du terrible”.

José Carlos Somoza, Clara et la pénombre, Actes Sud (2003)
(disponible en collection Babel).

Du même auteur : La dame n°13 (chez Actes Sud)

1 commentaire mardi 05 décembre 2006

Extrêmement fort et incroyablement près

2879294819.jpg Deuxième roman de l’auteur américain Jonathan Safran Foer, qui connut un énorme succès avec Tout est illuminé (paru aux éditions de l’Olivier en 2003), Extrêmement fort et incroyablement près est l’histoire d’Oskar, 9 ans. Inventeur, francophile, pacifiste, épistolier, astronome et collectionneur, c’est un petit garçon brillant et curieux. Un garçon comme les autres lorsque son père meurt dans les attentats du 11 septembre. Entouré d’une mère et d’une grand-mère attentionnées mais totalement inconsolable, Oskar s’invente alors un monde dans lequel « on a si souvent besoin de s’enfuir vite fait, mais les hommes n’ont pas d’ailes, pas encore en tous cas, alors pourquoi pas [inventer] une chemise en graines pour oiseaux ?”

Un an après les attentats, il trouve une clé dissimulée dans une enveloppe avec un seul indice, le mot « Black » inscrit dessus. Persuadé que cette clé lui permettra de comprendre la disparition soudaine de son père, il part à travers New York à la recherche de la serrure et de son propriétaire.
Tel un miroir réfléchissant sa quête, les récits croisés des grands-parents d’Oskar, survivants de la seconde Guerre Mondiale, révèlent peu à peu l’histoire complexe de sa famille.

Inventif, souvent émouvant dans les scènes où le petit garçon exprime sa fragilité, le livre explore les chemins d’une mémoire perdue, une mémoire fondatrice dont on a pourtant le devoir. S’il souffre de quelques longueurs et utilise un procédé stylistique – en particulier dans les récits des grands-parents – qui par son systématisme peut sembler factice, il n’en reste pas moins un livre attachant et sensible sur le lent et difficile travail de deuil, la perte de repères et l’appréhension par un enfant de la violence des hommes.

Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près, Editions de l’Olivier, 2006

Laissez un commentaire lundi 04 décembre 2006

Next Posts


Articles par catégorie


Maxibourrin