Littérature étrangère
Tomoko a 12 ans lorsqu’elle part vivre pour un an chez sa tante et son oncle. Son père vient de mourir et sa mère décide de reprendre ses études pour améliorer sa situation professionnelle. Aussi confie-t-elle Tomoko aux bons soins de sa sœur et de son mari allemand, directeur d’une usine de boissons. Lorsque Tomoko arrive dans leur maison de style hispanique, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à elle : coutumes, habitudes alimentaires, tout y est différent et fascinant. Un hippopotame nain vit dans le jardin, La grand-mère Rosa parle un japonais bien particulier et son oncle roule en voiture de luxe… Mais c’est surtout auprès de sa cousine Mina d’une année sa cadette, petite fille à la santé fragile, passionnée de littérature et d’une extraordinaire sensibilité, qu’elle découvre les pouvoirs de la fantaisie et de l’imagination. Tomoko, perdue depuis la mort de son père, trouve sa place dans cette maison et vit auprès de cette famille une année qu’elle n’oubliera jamais.
Ogawa explore un genre pour lequel on la connaît moins : le roman d’apprentissage. Après cette année passée avec cette famille, Tomoko ne sera plus la même, ses horizons auront changé, sa vision du monde aussi : la notion d’étranger, l’altérité, la guerre de 39, les secrets de famille sont des éléments nouveaux pour elle. Mina collectionne les boîtes d’allumettes illustrées, à l’intérieur desquelles elle invente l’histoire que lui inspire l’image. Dans ce monde imaginaire minuscule, elle évolue telle une princesse en son royaume et en ouvre la porte à Tomoko. Ici, contrairement au reste de l’œuvre de Ogawa, point d’étrange ni d’inquiétant mais de la fantaisie et de la tendresse à chaque page.
Le texte est très beau, sensible et délicat et très poétique : “Si vos oreilles émettent un drôle de bruissement, ne les frottez pas trop fort. Parce que dans la plupart des cas, ce sont les anges qui recousent leurs ailes sur vos lobes.”
On tombe immédiatement sous le charme des personnages, en particulier celui de Mina, touchante et juste. Comme Tomoko, on éprouve la chaleur humaine qui règne dans cette maison. Devenue adulte elle pose d’ailleurs sur eux un regard tendre et nostalgique. “J’ai encore à porter de main la photographie prise ce jour-là, comme un précieux souvenir renfermant le souvenir des jours d’Ashiya (…) Chaque fois que je regarde la photo je me surprends à murmurer. Tout le monde est là. Tout va bien. personne ne manque.” Mais, de même que les jours s’écoulent lentement et paisiblement, le récit avance doucement… et certains passages paraissent longs.
Même si je préfère Ogawa un brin mystérieuse et cruelle, La marche de Mina révèle un autre aspect de son immense talent et s’inscrit dans un nouveau cycle à découvrir. (voir l’article sur Amours en marge)
“Même si un livre ouvert était retourné sur la table du solarium, madame Yoneda ne prenait jamais sur elle de le ranger. De l’autre côté des pages, se dissimulait un monde inconnu, et le livre retourné en constituait la porte d’entrée, si bien qu’elle ne pouvait pas le manipuler à tort et à travers. Afin que Mina ne s’égare pas.”
Yoko Ogawa, La marche de Mina, Actes Sud, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
mercredi 09 avril 2008
Peut-on pardonner à celui qui a volé notre vie ? Silvano Contin a perdu sa femme et son fils lors d’un braquage. Deux innocents abattus de sang-froid par Raffaello et son complice. Raffaello est condamné à perpétuité mais son complice disparaît… sans punition. 15 ans plus tard, atteint d’un cancer incurable, Raffaelo demande une grâce pour finir ses jours en homme libre. La législation italienne prévoit de demander leur avis aux victimes. Pour Silvano Contin, l’heure est au choix : pardonner ou laisser Raffaelo mourir en prison. Obsédé par les dernières paroles de sa femme qui l’entraînent dans l’immense obscurité de la mort, il décide d’en profiter pour retrouver la trace de son complice et se venger enfin.
L’auteur construit un récit à 2 voix en alternant les points de vue des personnages, ce qui rend parfaitement compte des sentiments mêlés et inextricables de chacun : vengeance, remords, peur, haine. Malgré une intrigue policière, c’est plus un roman noir qu’un polar qui interroge le bourreau et la victime. La rédemption de l’un croise la haine dévastatrice de l’autre. Les parcours croisés des personnages montrent la complexité d’une situation où la justice ne saurait être équitable : même un meurtrier a le droit de mourir dignement. Mais à quel prix pour les victimes ? Jusqu’où peut aller leur colère ? Est-elle condamnable ? L’auteur analyse parfaitement toutes ces questions. Le style est froid et dense, parfait. Un roman percutant.
Massimo Carlotto, L’immense obscurité de la mort, Métailié, collection “Suites”
mercredi 27 février 2008
…ou “Qui veut gagner des millions ?” version indienne. Ram Mohammad Thomas a 18 ans lorsqu’il remporte le plus gros gain de tous les temps à un jeu télévisé : un milliard de roupies. Incapable de payer une telle somme (!), la production profite de la modeste condition de Ram pour l’accuser de tricherie et le faire arrêter. Défendu par une avocate, Ram déroule pour elle le fil de sa vie considérant la chance qui l’a mené à connaître toutes les bonnes réponses aux questions.
Voici un roman inégal, parfois aussi touffu que son titre, qu’on suit pourtant sans réel déplaisir. C’est qu’il y a toute l’Inde dans ce roman : des actrices de Bollywood aux enfants mendiants des bidonvilles. L’auteur prend la défense de ceux qui n’ont rien avec tendresse et imagine une fable moderne dans laquelle les rêves se réalisent… Pas phénoménal d’un point de vue littéraire mais touchant.
Vikas Swarup, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, 10/18, traduit de l’anglais par Roxane Azimi
mardi 22 janvier 2008
Vous vous souvenez peut-être de La peau froide, excellent roman dont je vous recommande une fois de plus la lecture. Le catalan Albert Sanchez Piñol revient avec ce nouvel opus aussi intelligent et bien mené et pourtant un peu moins enthousiasmant.
Nous sommes en Angleterre à la veille de la Grande Guerre. Tommy Thomson ambitionne de devenir écrivain. Ses débuts dans le métier sont quelque peu rocambolesques jusqu’au jour où un grand avocat l’engage pour écrire l’histoire de l’homme qu’il défend. Son but : sauver de la potence son client, Marcus Garvey, accusé du meurtre de ses maîtres, les frères Carver. Pour ce faire, Marcus doit relater à Tommy leur extraordinaire aventure au Congo, dont ses maîtres les frères Carver, ne sont jamais revenus. Voici ce que Marcus raconte : les frères, assoiffés d’or, partent au Congo pour faire fortune, réduisant à l’esclavage des centaines d’Africains. Leur cruauté n’a d’égale que leur avidité. Mais en même temps que l’or, ils vont faire une découverte bien plus stupéfiante : un peuple ” à la peau chaude” sorti des entrailles de la Terre, prêt à décimer l’Humanité. Par envie pour l’une des créatures, les hommes vont alors engager une lutte à mort dont Marcus sortira en véritable héros.
Le livre de Tommy est un succès, et Marcus est libéré. Mais le Congo n’a pas encore fini de révéler ses secrets…
On retrouve ici les ingrédients qui ont fait le succès de La Peau Froide : action bien menée, scènes de combat épique remarquablement dépeintes. Bâti sur le même modèle – une lutte entre humains et non-humains avec au centre une femme, seul lien entre les 2 peuples – Pandore au Congo est un roman bien ficelé, intelligent et même souvent drôle grâce à un galerie de personnages savoureux. Suspense et coups de théâtre garantis.
Et pourtant… Là où l’on pouvait s’attendre à une nouvelle réflexion sociologique – ce que nous entrevoyons au début du roman avec une critique nette du colonialisme – l’auteur nous propose plutôt une réflexion sur le pouvoir de la fiction et des mots. Difficile ici d’en dire plus sans trop en dévoiler. Néanmoins, elle m’apparaît moins fine et aboutie que celle qui filait dans son précédent roman. Une petite déception qu’Albert Sánchez Piñol compensera j’en suis certaine car il ne manque pas de talent. Bien au contraire.
Albert Sanchez Pinol, Pandore au Congo, Actes Sud, traduit du catalan par Marianne Millon
mardi 22 janvier 2008
La jeune fille a seize ans et vit avec sa mère, couturière à Copenhague. En cette année de guerre 1943, une des clientes l’invite à passer l’été dans sa demeure au bord de la mer du Nord. Sans doute pour la protéger des bombardements qui menacent la ville, sans doute aussi pour tenir compagnie à son neveu âgé de quatorze ans. Les deux adolescents aiment les balades à vélo et les promenades dans les dunes. Mais tandis qu’elle reste distante, lui éprouve les premiers émois du désir pour cette jeune femme aux seins blancs en plein épanouissement. Les bombardements n’épargnent pourtant pas cette région et un avion anglais s’écrase non loin de la maison. Cette aventure va lier les deux jeunes gens et le pilote britannique d’une manière qu’ils ne soupçonnent pas. Ils ne se reverront qu’une seule fois dans leur vie et n’évoqueront que brièvement cet épisode…
Dans ce récit émouvant et sobre, l’auteur s’attache aux silences, aux non-dits qui nous font parfois passer à côté de l’essentiel. De combien de ces silences, de ces ratages est fait une vie ? Quelles décisions, surtout lorsque que l’on est adolescent, déterminent le cours de notre existence ? Dans une langue très dépouillée qui ne se consacre qu’à l’essentiel, les fils fragiles de trois existences s’entremêlent et l’on perçoit le remords, la nostalgie et la douleur de personnages presque détachés de leur propre vie : “Et il s’est passé bien des choses dans mon existence dont je n’ai pas parlé ici, et qui sont sans rapport avec ce qui s’est déroulé cette été-là pendant la guerre. Mais peut-être ne sont-ce pas les causes que l’on recherche lorsque l’on tente de débrouiller l’écheveau d’une existence, cet embrouillamini de fils que sont les rencontres, les moments partagés et les adieux, les pactes et les séparations, les rêves enfouis, les promesses rompues et oubliées et les occasions inattendues.”
Jens Christian Grondahl, dont le succès en France ne cesse de croître est un auteur d’une grande sensibilité qui explore à chaque ouvrage les méandres du sentiment humain avec beaucoup de finesse.
Jens Christian Grondahl, Virginia, Folio, traduit du danois par Alain Gnaedig.
dimanche 26 août 2007
Ce roman de 1936 aujourd’hui disponible chez Phébus libretto est un roman d’aventures passionnant empreint d’un profond mysticisme et offrant une réflexion magistrale sur le sacrifice et le don de soi.
Au départ pourtant, une histoire qui peut paraître invraisemblable mais que l’auteur assure basée sur une histoire vraie. Une charmante bourgade des îles Anglo-Normandes au milieu du XIXe siècle. Les jeunes sœurs Le Patourel - Marguerite la blonde rieuse et espiègle, et Marianne, la brune réfléchie et grave - vivent les jours tranquilles de la petite bourgeoisie locale entourées et aimées de leurs parents. Quand s’installent près de chez eux un ancien habitant de l’île, le docteur Ozanne et son fils William. Compagnons de jeux et d’aventures, les trois enfants deviennent vite inséparables. Pourtant, si William apprécie les deux sœurs pour leurs qualités respectives, il montre une nette préférence pour la belle Marguerite. Marianne, Marguerite, voilà des noms bien proches pour cet étourdi de William qui les confond souvent… Néanmoins, sa préférence pour Marguerite se mue au fil des années en véritable passion…partagée. Engagé dans la Royal Navy, William parcourt le monde sans avoir pu déclarer sa flamme, jusqu’à ce qu’une expérience malheureuse l’oblige à s’exiler pour de bon. Colon en Nouvelle-Zélande, il décide quelque dix ans après son installation, de demander à Marguerite de le rejoindre et de l’épouser. Mais William, grisé par la boisson et l’émotion se trompe une fois encore dans la lettre qu’il lui écrit et c’est à Marianne qu’il demande de venir …
C’est donc là que tout commence… et que tout finit pour William et Marguerite. Loyal et fidèle, William décide d’assumer son erreur. Il accepte la vie de désamour qui s’offre à lui dans l’unique but de rendre Marianne heureuse, elle-même follement éprise. Une entreprise difficile dans ses nouvelles colonies constamment en guerre contre les Maoris et qui réservent leur lot d’aventures et de malheurs. Quant à Marguerite restée sur l’île de son enfance, comment surmontera-t-elle sa déception et son chagrin ?
Voici un grand roman, dans tous les sens du terme : sa construction d’abord – plusieurs générations se succèdent sur une quarantaine d’années - et son sujet ensuite : le sacrifice de soi au nom du bonheur de l’autre. Et la question de tous les personnages est la même : comment se débarrasser de l’orgueil qui nous étouffe pour se livrer entièrement à l’autre ? Cette histoire de sacrifice est aussi celle d’une quête, celle d’un bonheur qui nous échappe, le bonheur de l’âme, la sérénité de l’esprit. D’une façon ou d’une autre, tous les personnages vont consacrer leur vie à cette recherche et certains se tourneront vers la religion car c’est aussi dans cette voie que se trouve le salut, dans le renoncement aux attaches terrestres, aux biens matériels. Dans le roman, l’amour des hommes et l’amour de Dieu, forme absolu du don de soi se rejoignent souvent. Un sujet ambitieux parfaitement maîtrisé.
Elizabeth Goudge a créé de superbes personnages, profonds et à la psychologie très étudiée. Des personnages savoureux comme celui de Marianne, une Scarlett à la fois odieuse et magnifique dans sa détermination à se faire aimer de son mari, ou hauts en couleurs comme ce vieux loup de mer, le capitaine O’Hara tout droit sorti des livres illustrés de notre enfance. En effet, la dimension mystique ne doit pas faire oublier pour autant le souffle romanesque : c’est un vrai roman d’aventures, de marins entre Chine et Nouvelle-Zélande, de colons fuyant les Maoris dans la jungle, de mensonges et d’intrigues. Sans oublier l’écriture, délicate et élégante, au service des personnages et de leurs sentiments. Un grand roman donc qui excelle dans plusieurs genres différents. Un film a même été tiré du livre par Victor Saville en 1947 avec Lana Turner.
Elizabeth Goudge, Le Pays du Dauphin vert, Phébus libretto, traduit de l’anglais par Maxime Ouvrard.
lundi 06 août 2007
Un triangle amoureux tragique digne des drames cornéliens, une puissante évocation à la fois réaliste et poétique du Vietnam d’après-guerre, avec Terre des oublis, Duong Thu Huong nous entraîne dans un voyage fascinant à travers son pays et les âmes de ses habitants.
Alors qu’elle rentre de forêt, Mien belle jeune femme heureusement mariée à Hoan, un riche propriétaire terrien dont elle a un enfant et à qui elle voue une passion brûlante, aperçoit un attroupement devant la magnifique demeure que le couple s’est fait construire. Au centre du groupe, un homme, tel un fantôme surgi des Enfers : son premier mari Bôn, martyr de guerre, dont elle a été déclarée veuve quelques années plus tôt. Bôn, le héros, le patriote que quatorze années de guerre et d’errance ont détruit physiquement et psychologiquement. Pauvre, affaibli, incapable d’être soutenu par sa seule famille, une sœur sauvage et paresseuse, il vient reprendre ce qui est encore à lui, son seul espoir de survivre : sa femme. Mais plus rien d’officiel ne les attache. L’heure du choix a sonné pour Mién. Vivre son amour ou rendre à Bôn les honneurs que son sacrifice pour la patrie lui octroie ? Dans un pays comme le Vietnam, “la femme qui ne sait pas se sacrifier, la femme sans noblesse et sans vertu ne remplit pas son devoir.” Sous la pression des dirigeants du village, elle se résout à rejoindre son premier mari, son corps meurtri, bon à rien, sa misère. Comprenant que c’est uniquement par loyauté, le malheureux fou d’amour développe alors une obsession : engendrer un fils pour unir à jamais la vie de Mién à la sienne. Quant à Hoan, le délaissé, l’homme bon, il n’a d’autre alternative que de se perdre dans les lumières aveuglantes et les plaisirs faciles qu’offre la ville.“Son retour vers le premier homme n’était qu’un suicide, le sacrifice d’une femme née d’une société soumise à d’incessantes guerres où la vie tremblante des hommes palpitaient comme des ailes d’éphémères, où toute leur énergie s’enracinait dans la fidélité, la résignation tenace de leurs épouses.”
Trois victimes, trois innocents, une seule fautive : la guerre, des années de guerre incessante. L’auteur passe de l’un à l’autre des trois personnages fouillant dans leur histoire et leur passé afin d’éclairer leur funeste destin, et au-delà, celui de tout un peuple. Car le choix de Mien ne se comprend qu’à la lueur des valeurs traditionnelles de responsabilité vietnamiennes.
Néanmoins, la complexité de leurs sentiments dépasse le seul cadre géographique et offre plus largement une réflexion sur l’être humain, sa quête éternelle d’un compagnon de route, son besoin de partage, sa lutte incessante entre ses désirs et ses obligations. C’est un livre envoûtant, véritable fête des sens : des odeurs de la forêt après la pluie à celle des gâteux de soja en train de cuire, de la beauté d’un ciel en feu au contact moite des corps dans la nuit. Ne vous laissez surtout pas rebuter par les 800 pages car toutes sont magnifiques de poésie, d’humanité et d’intelligence. Laissez-vous prendre par ce drame qu’on suit avec la même passion que ses protagonistes. Admirablement traduit, il a récemment reçu le grand prix des lectrices de Elle.
Duong Thu Huong, Terre des oublis, Sabine Wespierser, traduit du vietnamien par Phan Huy Duong
jeudi 19 juillet 2007
Certains livres vous frappent comme des coups de poing et vous laissent, une fois refermés, un sentiment de malaise et de tristesse entêtant. Ellen Foster est un de ceux-là.
Ellen a tout juste onze ans mais se surnomme elle-même “cette vieille Ellen”. Vieille elle l’est. Ce n’est pas le poids des années qui l’accablent mais la somme de choses vues et vécues, trop lourde pour une petite fille. “Quand j’étais petite, j’inventais des façons de tuer mon papa.” Voilà pour l’incipit. Voilà pour l’ambiance et le ton. Laissée pour-compte entre une mère malade, un père ivrogne et violent, une grand-mère acariâtre, des voisins égoïstes et mesquins, elle se débrouille seule – et plutôt bien - pour survivre. A la mort de sa mère, une seule issue : se trouver une nouvelle famille. Malgré les difficultés et les ballotages, elle saura croiser sur son chemin des gens pour lui venir en aide.
Ce qui fait la force de ce roman, c’est moins l’extrême dureté des événements qui touchent Ellen que la façon dont elle les relate. Avec une maturité et un recul effrayants. S’offrir son propre cadeau à Noël ne lui semble pas tout à fait normal mais que voulez-vous… L’écriture et le parti-pris narratif sont d’une grande violence : des paroles crues, cyniques dans une bouche d’enfant dont le style oscille entre écriture et oralité. La narration rend en effet compte de deux visions : Ellen est à la fois enfant au moment des faits et plus âgée lorsque débute le récit.
N’oublions pas non plus la superbe évocation du Sud, des paysages, du style de vie, et surtout de la cohabitation difficile des Blancs et des Noirs à travers l’amitié qu’Ellen voue à une enfant noire, Starletta. Cette amitié qui la contrarie un peu au début - surtout au niveau de l’hygiène, on ne sait jamais – deviendra au fil du roman la plus belle partie de sa vie. Accepter la population noire fait aussi partie du parcours initiatique d’Ellen et c’est la leçon que semble donner l’auteur, originaire de Caroline du Nord.
Kaye Gibbons est un auteur qu’on connaît peu. Il faut y remédier ! Ses œuvres ont récemment été rééditées par Christian Bourgois dans sa collection de poche baptisée “Titres” parmi lesquelles Une femme vertueuse, autre superbe texte.
Kaye Gibons, Ellen Foster, Rivages poche. Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier.
vendredi 13 juillet 2007
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