
Zelda et Scott Fitzgerald n’en finissent pas d’inspirer les écrivains. Après Gilles Leroy avec Alabama Song -prix goncourt 2007-, c’est au tour de Jacques Tournier, éminent traducteur des œuvres de Fitzgerald de proposer une variation sur la vie de celle qui fut “la Belle de Montgomery”.
Jacques Tournier a choisi de privilégier leur relation amoureuse et une fois encore, Zelda est l’héroïne de cette tumultueuse passion. Notre regard se porte d’abord sur cette femme abîmée, seule, dans la clinique où elle est internée.
Et pourtant… on sent combien, malgré les ruptures, les éclats, le scandale, les déceptions et les trahisons, l’alcool et la folie, ces deux êtres n’ont jamais vraiment cessé de s’aimer. Grâce au témoignage de Scottie, la fille de Scott et Zelda, on saisit toute la complexité de leur relation. Qui a entraîné l’autre dans la spirale de la déchéance ? Nous ne le saurons jamais. Concurrence, jalousie, soumission de Zelda à son mari, oui, tout cela a existé. Mais combien leurs mots sont doux quand vient le temps de l’absence.
Scottie : “Ma seule certitude et elle est vitale pour moi, c’est qu’ils se sont aimés jusqu’à la fin. D’un amour impossible peut-être, plus rêvé que réel dans les derniers temps, déchirés qu’ils étaient entre le désir de revivre ensemble et le regret du passé. Mais cet amour les unit à jamais l’un à l’autre”
Ce n’est pas une fiction, à l’instar d’Alabama Song, mais une biographie qui s’appuie sur des lettres, des rencontres et des études de textes. Ecrit dans une langue parfaite, c’est un texte dense et très émouvant.
Nul doute que Zelda et Scott continueront de hanter l’imaginaire des écrivains. Artistes complexes, amants passionnés, élevés au rang de couple mythique, ils ont brûlé leurs ailes à tout attendre de la vie… et en ont fait un roman à l’issue tragique.
Jacques Tournier, Zelda, Grasset.
mardi 13 mai 2008

Tomoko a 12 ans lorsqu’elle part vivre pour un an chez sa tante et son oncle. Son père vient de mourir et sa mère décide de reprendre ses études pour améliorer sa situation professionnelle. Aussi confie-t-elle Tomoko aux bons soins de sa sœur et de son mari allemand, directeur d’une usine de boissons. Lorsque Tomoko arrive dans leur maison de style hispanique, c’est un nouveau monde qui s’ouvre à elle : coutumes, habitudes alimentaires, tout y est différent et fascinant. Un hippopotame nain vit dans le jardin, La grand-mère Rosa parle un japonais bien particulier et son oncle roule en voiture de luxe… Mais c’est surtout auprès de sa cousine Mina d’une année sa cadette, petite fille à la santé fragile, passionnée de littérature et d’une extraordinaire sensibilité, qu’elle découvre les pouvoirs de la fantaisie et de l’imagination. Tomoko, perdue depuis la mort de son père, trouve sa place dans cette maison et vit auprès de cette famille une année qu’elle n’oubliera jamais. Lire la suite
mercredi 09 avril 2008

La librairie FOLIES D’ENCRE et l’association ENLIVREZ-VOUS ont le plaisir de vous inviter à une rencontre avec Michèle LESBRE le 11 mars 2008 à partir de 18 heures à l’occasion de la parution de son roman Le canapé rouge aux éditions Sabine Wespieser.
L’avis de la libraire : “Entre transsibérien et Paris, entre passé et présent, la rencontre de deux femmes, leur complicité…
Roman à l’écriture sensible et en touches délicates pour nous dire la vie, ses blessures et ce formidable ressort qu’est le désir !”
Michèle Lesbre est auteur notamment de La petite trotteuse, Boléro chez le même éditeur et de Une simple chute (Babel noir).
Librairie FOLIES D’ENCRE, 53, avenue Gabriel Péri 93400 Saint-Ouen (Métro Garibaldi)
dimanche 09 mars 2008

Peut-on pardonner à celui qui a volé notre vie ? Silvano Contin a perdu sa femme et son fils lors d’un braquage. Deux innocents abattus de sang-froid par Raffaello et son complice. Raffaello est condamné à perpétuité mais son complice disparaît… sans punition. 15 ans plus tard, atteint d’un cancer incurable, Raffaelo demande une grâce pour finir ses jours en homme libre. La législation italienne prévoit de demander leur avis aux victimes. Pour Silvano Contin, l’heure est au choix : pardonner ou laisser Raffaelo mourir en prison. Obsédé par les dernières paroles de sa femme qui l’entraînent dans l’immense obscurité de la mort, il décide d’en profiter pour retrouver la trace de son complice et se venger enfin.
L’auteur construit un récit à 2 voix en alternant les points de vue des personnages, ce qui rend parfaitement compte des sentiments mêlés et inextricables de chacun : vengeance, remords, peur, haine. Malgré une intrigue policière, c’est plus un roman noir qu’un polar qui interroge le bourreau et la victime. La rédemption de l’un croise la haine dévastatrice de l’autre. Les parcours croisés des personnages montrent la complexité d’une situation où la justice ne saurait être équitable : même un meurtrier a le droit de mourir dignement. Mais à quel prix pour les victimes ? Jusqu’où peut aller leur colère ? Est-elle condamnable ? L’auteur analyse parfaitement toutes ces questions. Le style est froid et dense, parfait. Un roman percutant.
Massimo Carlotto, L’immense obscurité de la mort, Métailié, collection “Suites”
mercredi 27 février 2008

“Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d’Hélène Berr et marcher à ses côtés “ écrit Modiano dans la préface de ce journal écrit entre 1942 et 1944 par une jeune parisienne de 21 ans, juive. Il faut écouter la voix d’une femme intelligente, sensible, dévouée et courageuse dans un monde qu’elle sent lui échapper à mesure que ceux qu’elle aime sont déportés. C’est d’abord, dans la première partie, le journal d’une femme qui témoigne et consigne scrupuleusement les événements du jour “pour ne pas les oublier, parce qu’il ne faut pas les oublier.” Une succession de noms, de moments volés heureux. La guerre semble encore loin quand résonnent chez elle la musique et la poésie qu’elle affectionne. Hélène prépare alors l’agrégation d’anglais à la Sorbonne. C’est surtout le journal d’une jeune fille de 21 ans, éblouie par la beauté de Paris sous le soleil d’été qui sent vibrer en elle les premiers émois amoureux.
Et puis la rupture : le port obligatoire de l’étoile jaune qui la stigmatise et l’arrestation de son père pour un motif fallacieux. Hélène se sent déchirée. “Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal, représentés par cette étoile jaune.” Le départ de Jean, son fiancé pour l’Espagne la laisse seule en proie à ses doutes, à ses angoisses. Lire la suite
mercredi 13 février 2008

…ou “Qui veut gagner des millions ?” version indienne. Ram Mohammad Thomas a 18 ans lorsqu’il remporte le plus gros gain de tous les temps à un jeu télévisé : un milliard de roupies. Incapable de payer une telle somme (!), la production profite de la modeste condition de Ram pour l’accuser de tricherie et le faire arrêter. Défendu par une avocate, Ram déroule pour elle le fil de sa vie considérant la chance qui l’a mené à connaître toutes les bonnes réponses aux questions.
Voici un roman inégal, parfois aussi touffu que son titre, qu’on suit pourtant sans réel déplaisir. C’est qu’il y a toute l’Inde dans ce roman : des actrices de Bollywood aux enfants mendiants des bidonvilles. L’auteur prend la défense de ceux qui n’ont rien avec tendresse et imagine une fable moderne dans laquelle les rêves se réalisent… Pas phénoménal d’un point de vue littéraire mais touchant.
Vikas Swarup, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, 10/18, traduit de l’anglais par Roxane Azimi
mardi 22 janvier 2008

Vous vous souvenez peut-être de La peau froide, excellent roman dont je vous recommande une fois de plus la lecture. Le catalan Albert Sanchez Piñol revient avec ce nouvel opus aussi intelligent et bien mené et pourtant un peu moins enthousiasmant.
Nous sommes en Angleterre à la veille de la Grande Guerre. Tommy Thomson ambitionne de devenir écrivain. Ses débuts dans le métier sont quelque peu rocambolesques jusqu’au jour où un grand avocat l’engage pour écrire l’histoire de l’homme qu’il défend. Son but : sauver de la potence son client, Marcus Garvey, accusé du meurtre de ses maîtres, les frères Carver. Pour ce faire, Marcus doit relater à Tommy leur extraordinaire aventure au Congo, dont ses maîtres les frères Carver, ne sont jamais revenus. Voici ce que Marcus raconte : les frères, assoiffés d’or, partent au Congo pour faire fortune, réduisant à l’esclavage des centaines d’Africains. Leur cruauté n’a d’égale que leur avidité. Mais en même temps que l’or, ils vont faire une découverte bien plus stupéfiante : un peuple ” à la peau chaude” sorti des entrailles de la Terre, prêt à décimer l’Humanité. Par envie pour l’une des créatures, les hommes vont alors engager une lutte à mort dont Marcus sortira en véritable héros.
Le livre de Tommy est un succès, et Marcus est libéré. Mais le Congo n’a pas encore fini de révéler ses secrets… Lire la suite
mardi 22 janvier 2008

“Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne. ”
Louki l’absente. Qui était-elle ? Que cherchait-elle ? Trois hommes qui l’ont connue éclairent peu à peu des tranches de vie de cette jeune femme mystérieuse qui leur a échappé. Ils la racontent, ils cherchent son empreinte et des réponses à leurs questions en retournant sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Louki a toujours cherché à s’effacer, à partir : des fugues quand elle vivait avec sa mère, l’abandon du domicile conjugual et jusqu’à son prénom -Jacqueline- qu’on lui a ôté. “Je crois bien qu’elle se sentait soulagée de porter ce nouveau prénom. Oui. Soulagée.” C’est surtout elle-même que fuit “Louki Le Néant” comme elle s’est rebaptisée. Fuir et trouver un point fixe où se poser, où être soi. “Il faut trouver un point fixe pour que la vie cesse d’être ce flottement perpétuel” disait déjà la Petite Bijou. Mais Louki ne peut pas : ni l’amour, ni le mysticisme, ni la “neige” ne peuvent l’aider.
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jeudi 20 décembre 2007
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