Modiano – Dans le café de la jeunesse perdue

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« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n’y a personne. »

Louki l’absente. Qui était-elle ? Que cherchait-elle ? Trois hommes qui l’ont connue éclairent peu à peu des tranches de vie de cette jeune femme mystérieuse qui leur a échappé. Ils la racontent, cherchent son empreinte et des réponses à leurs questions en retournant sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse. Louki a toujours cherché à s’effacer, à partir : des fugues quand elle vivait avec sa mère, l’abandon du domicile conjugal et jusqu’à son prénom -Jacqueline- qu’on lui a ôté. « Je crois bien qu’elle se sentait soulagée de porter ce nouveau prénom. Oui. Soulagée. » C’est surtout elle-même que fuit « Louki Le Néant » comme elle s’est rebaptisée. Fuir et trouver un point fixe où se poser, où être soi. « Il faut trouver un point fixe pour que la vie cesse d’être ce flottement perpétuel » disait déjà la Petite Bijou. Mais Louki ne peut pas : ni l’amour, ni le mysticisme, ni la « neige » ne peuvent l’aider.

Modiano, c’est un peu mon rêve familier, celui « étrange et pénétrant d’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre » (Verlaine). Un éternel retour dans ce Paris des années 60 et ces lieux de passage que ses personnages hantent – les cafés, les hôtels. « Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres. »

Et cela me touche toujours. J’aime la simplicité de sa langue poétique, la délicatesse de ses non-dits, la fragilité des personnages – la nôtre, la sienne -, la nostalgie qui émane de chacun de ses mots. Dans le café de la jeunesse perdue est une nouvelle variation sur la quête de sens. Mais une fois encore, il n’apporte pas de réponse. Pour Louki, comme pour les autres, il ne reste que la fuite, l’absence. Et toujours cette question : que reste-t-il d’un homme ou d’une femme ? Quelques souvenirs, un livre annoté, un carnet où votre nom apparaît. C’est tout. Les personnages de Modiano s’échapperont encore. Tant mieux. Ainsi Modiano poursuivra sa recherche. Et inlassablement, je l’accompagnerai.

Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, Gallimard

Robert Goddard, Le retour

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S’il y a bien quelque chose que Robert Goddard maîtrise parfaitement, c’est l’effet de surprise. Ses rebondissements, savamment distillés dans chacun de ses romans, et cette propension à emmener le lecteur dans une direction pour mieux le tromper à la fin… Voilà son talent et ce qui rend ses lecteurs «accro», et toujours plus nombreux.  Mais ne vous fiez pas aux apparences, car les livres de Goddard ne sont pas seulement des enquêtes bien ficelées, ils sont aussi et surtout, des voyages dans le temps et des réflexions sur l’influence que le passé exerce sur nos vies. « Le passé est une pièce qu’on n’a conscience d’avoir quittée que lorsqu’on entend la porte se refermer derrière soi.»

Dans ce quatrième roman traduit en français, le narrateur doit une nouvelle fois affronter son passé. Cornouailles 1981. Chris Napier assiste au mariage de sa nièce dans la somptueuse demeure familiale quand un homme désorienté, vagabond, l’interpelle. Il reconnaît alors son ami d’enfance, Nicky, qu’il n’a pas revu depuis août 1947. Et pour cause, car Nicky est le fils de l’homme reconnu coupable d’avoir assassiné le grand-oncle de Chris. Nicky a juste le temps de lui confier ses doutes quant à la culpabilité de son père avant qu’on ne le retrouve pendu le lendemain matin. Les questions se pressent dans l’esprit de Chris… Si Nicky avait raison, si la vérité longtemps admise était autre ? Dans quelle mesure alors sa propre famille serait-elle responsable de ce meurtre ? N’a -t-elle pas bénéficié de la mort de son grand-oncle en héritant de sa colossale fortune ? Par amitié envers Nicky, Chris décide de faire la lumière sur l’assassinat. Il faut revenir, reconstruire les souvenirs, reparcourir les chemins qui mènent à la vérité… Mais les secrets de famille n’aiment pas qu’on les dérange. Avec le même talent que dans ses précédents romans, Robert Goddard nous emmène avec Chris et tous les personnages… Jusqu’à la toute dernière page.

Robert Goddard, Le retour, Editions Sonatine, traduit de l’anglais pas Élodie Leplat

Voir aussi les articles : Heather Mallender a disparu et Le secret d’Edwin Strafford

Therese Anne Fowler, Z, le roman de Zelda

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Quand commence cette biographie romancée racontée par Zelda elle-même, nous sommes en 1940. Francis Scott Fitzgerald va mourir à Hollywood, loin de son épouse, sa muse. Séparés depuis des mois, ces deux amants-là ont pourtant fait les gros titres, faisant de leur vie publique et privée, un roman à dévorer. Pour nous, Zelda déroule le fil de ses souvenirs, depuis leur rencontre à Montgomery, Alabama, quand jeune première de 17 ans, elle tombe sous le charme d’un écrivain ambitieux qui l’entraîne à New York pour y vivre une fête infinie.

Si tout le monde connaît plus ou moins l’histoire de Scott et Zelda, puisque de nombreux ouvrages leur sont consacrés, ce livre choisit d’inventer leur intimité, pour aller voir derrière les frasques et les coups d’éclats. Mais, si Zelda en est la narratrice  -par conséquent subjective-  il n’y a pas de parti-pris flagrant pour l’un ou l’autre. L’auteur le signale à la fin, il y a bien deux « équipes », une prétendant que Zelda a ruiné la vie et le potentiel artistique de Scott, l’autre certifiant l’inverse. Mais ici c’est Hemingway qui a le mauvais rôle.

Ce livre au contraire, est empreint de respect et même d’affection pour ces deux êtres dont aucun n’est innocent ou coupable. Il montre deux artistes en proie avec la vie, deux névroses incompatibles. Trop semblables pour exister ensemble, jaloux, possessifs, ambitieux, trop artistes pour s’épauler, mais tellement beaux, tellement humains. Scott qui doute, écrit des chefs-d’œuvre, Zelda qui danse, artiste pluridisciplinaire, incomprise, et sans doute oui, étouffée. Mais Zelda est aussi une femme dans les années 20…

Vous  croiserez dans ce roman très documenté et très bien mené, d’autres auteurs célèbres, retrouverez parfaitement dépeint le New York de la fête, le Paris de l’entre deux guerres, les débuts du féminisme, car Zelda en s’émancipant, en réclamant le droit d’être et de créer, en fut une figure de proue.

Et ce qui reste de cette histoire, même si elle fut gâchée par l’alcool et la maladie, c’est l’affection profonde que ces deux étoiles se portaient, elles qui, comme Gatsby, ont payé cher le prix « pour avoir trop longtemps vécus prisonniers d’un seul rêve ».

Thérèse Anne  Fowler, Z, le roman de Zelda, Pocket

Véronique Olmi, Nous étions faits pour être heureux

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