David Foenkinos, Charlotte

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On sent dans ce roman l’intérêt, l’amour, presque obsessionnel de l’auteur pour son héroïne, Charlotte, ce coup de foudre artistique comme il le décrit lui-même et l'envie de faire entendre la voix de cette jeune peintre juive allemande, morte à 26 ans dans un camp de concentration. On comprend, oui, que c’est un livre écrit avec le cœur. L’auteur, hanté par le sort de Charlotte Salomon, peintre de talent, solitaire, mélancolique, issue d’une lignée maudite dont tous les membres se suicident, rejetée par son propre peuple, déportée puis assassinée, a décidé pendant de nombreuses années de mettre ses pas dans ceux de la jeune femme, de la rechercher dans chaque respiration.
Mais paradoxalement, les moments d’émotion sont rares, retenus sans doute par la forme. Des phrases courtes les unes sous les autres, dont l’auteur explique le parti-pris  : recréer son essoufflement, sa difficulté à écrire ce livre. Ces phrases, inégales, nous laisse le souffle court justement, trop souvent arrêté, là où l’on voudrait être emporté. Là où l’on attend de la poésie qu’elle magnifie la biographie.
Peu de références à la peinture de Charlotte Salomon, au bouleversement artistique qui précéda l’écriture. En revanche, vers la fin du livre, quand l'auteur tente d’appréhender le génie de Charlotte,  sa façon de travailler, frénétique, urgente, condamnée, la forme convient bien et le roman offre de beaux passages.

David Foenkinos, Charlotte, Gallimard

Patrick Modiano, Villa Triste

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Il est un peu triste en effet, ce souvenir-là, ce retour du narrateur sur les bords d’un lac en Suisse où il passa l’été de ses 18 ans. Comme est toujours empreinte de tristesse, l’envie de faire revivre, le temps d’un roman, les fantômes d’un passé à peine vécu, déjà échappé.
Victor Chmara, comme il se faisait appeler, a quitté Paris pour échapper à la Guerre d’Algérie. La peur au ventre, il se cache dans une pension de famille tranquille en Suisse quand il rencontre Yvonne, une actrice en devenir, et René, médecin, peut-être. Le temps d’un été, Chmara goûte l’indolence de la folle jeunesse, se prend à rêver d’amour avec Yvonne en Amérique, oublie la peur panique des nuits de solitude.
Douze ans plus tard, il se souvient de cet été-là et le regarde, comme derrière une vitre dépolie qui en floute les contours. Il ne lui reste que la légèreté d’une robe de mousseline verte, une photographie usée, la sensation d’une caresse sur la paume. Yvonne a disparu, René aussi. Et lui d’une certaine manière, qui usurpa son identité. Les personnes que l’on aime sont des âmes errantes prisonnières de nos souvenirs – cette villa triste- impossibles à attraper, si ce n’est le temps d’une image, d’un parfum. Il faut repartir alors là où nous les avons connus, pour que leur image se fasse plus nette. Mais, même en arpentant ces lieux dont beaucoup ont disparu, on ne parvient jamais à les retenir. Et l’on entend dans ces mots, la musique de Modiano, lente, qui distille sa douce nostalgie. Des notes sur lesquelles marchent, comme sur un fil, ses personnages abîmés, exilés, qu’il sait regarder et faire revivre avec bienveillance. Ses personnages qui ne hantent pas nos souvenirs mais qui deviennent, grâce à lui, les compagnons de nos rêves éveillés.

« Sa peau avait pris une teinte opaline. L’ombre d’une feuille venait tatouer son épaule. Parfois elle s’abattait sur son visage et l’on eut dit qu’elle portait un loup. L’ombre descendait et lui bâillonnait la bouche. J’aurais voulu que le jour ne se levât jamais, pour rester avec elle recroquevillé au fond de ce silence et de cette lumière d’aquarium.»

Patrick Modiano, Villa Triste, Folio

Joyce Maynard, L’homme de la montagne

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