Frédéric Lenoir, Cœur de cristal

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Il était une fois un homme qu’on appelait le Roi Bon. Lorsque sa petite-fille, attristée par la perte de son chien, lui annonce qu’elle ne s’attachera plus jamais à personne parce que l’amour fait mal, le Roi Bon lui confie son histoire, celle d’un jeune prince, atteint d’une étrange et triste malédiction. Son cœur fut à la naissance enveloppé d’une gangue de cristal impénétrable le privant à tout jamais de connaître l’amour. Mais un sage lui prédit qu’une seule femme au monde lui inspirera un amour brûlant qui fera fondre la gangue. Décidé à la rencontrer coûte que coûte, le prince entame un long voyage à travers le royaume. Cette quête initiatique et philosophique lui révèlera aussi le lourd secret qui pèse sur sa naissance…
Conte destiné aux plus jeunes désirant s’ouvrir à la spiritualité de façon simple et joliment illustrée, Cœur de Cristal se lit ou se transmet avec plaisir. Frédéric Lenoir y aborde le thème de l’amour mais aussi ceux du deuil, du doute, de l’amitié et enfin du bonheur. Tout ce qui passe par le cœur. Le propos est simple mais il n’est jamais inutile de relire l’essentiel.
« C’est un autre visage de l’amour encore, celui de la compassion, qui fait vibrer notre cœur à la souffrance de tous les êtres sensibles. Plus encore que tout autre, cet amour universel nous libère de tous nos égoïsmes, de toutes nos peurs, de toutes nos blessures, de tous nos manques. Ce n’est plus nous qui aimons mais la Puissance Profonde du Monde qui aime en nous, à travers nous, et nous découvrons que nous ne sommes qu’une parcelle de cette Vie qui anime tout ce qui est. Crois-moi, il n’y a pas de plus grand bonheur, un bonheur qui rien ni personne ne peut enlever. »

Fréderic Lenoir, Cœur de Cristal, Robert Laffont

Richard Ford, Canada

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Comment en une journée, quelques heures, Dell Parsons, 15 ans, se retrouve-t-il caché dans une voiture, à côté d’une femme inconnue, le Canada droit devant ?  Derrière lui, des parents en prison et une sœur jumelle en route pour la Californie.
Comment en quelques heures, sa vie d’adolescent tranquille bascule-t-elle dans la clandestinité et la solitude ? La veille encore, au cœur de cet été 1960, Dell se réjouit simplement d’entrer au lycée de Great Falls dans le Montana pour y laisser libre cours à ses deux passions : l’apiculture et les échecs. Son père, Bev Parsons, retraité de la Air Force, charismatique et beau-parleur vivote de petits boulots et s’essaie aux combines du marché noir. Sa mère, Neeva Parsons, solitaire et secrète, passionnée de littérature, enseigne et écrit des poèmes. Sa sœur jumelle est une adolescente autoritaire et rebelle. Dell a le sentiment de vivre dans une famille, certes très mal assortie, mais «normale».
Et pourtant, c’est bien à la suite d’un improbable hold up commis par ses parents dans le Dakota du Nord, qu’il s’enfuit pour le Canada. Recueilli par un homme étrange au passé trouble, livré à lui-même dans une nature hostile et sauvage, Dell  est alors confronté à la violence et à la peur.

50 ans plus tard, Dell chronique avec précision le geste absurde et incompréhensible de ses parents – le cambriolage à visage découvert d’une banque en plein jour –  les événements qui l’ont précédé et les conséquences de cet acte sur sa vie. Pas de suspense sur ce qui advient des Bonnie and Clyde amateurs, car la question n’est pas là. Dell rassemble les éléments disparates comme autant de pièces d’un puzzle. Une fois assemblés, les éléments s’emboîtent pour former un tout cohérent, le tout de l’existence car «il faut trouver du sens à tout ça» lui répétait son père.
En l’empêchant de vivre une vie «normale», le geste de ces parents l’a obligé à observer son parcours en le remettant sans cesse en question au travers de cet événement pour lui trouver du sens. Sa vie serait-elle autre, serait-il plus heureux s’il était allé au lycée de Great Falls, entourée d’une famille aimante?

Une écriture tendue, des scènes fortes, une superbe évocation des paysages, une réflexion fouillée et précise et le regard sensible de ce sexagénaire sur cet adolescent qui n’avait pas toutes les clefs pour comprendre font de Canada un roman puissant et complexe. En mettant en scène des jumeaux dont la vie finit par être très différente, il montre que notre chemin est déterminé par nos choix, nos rencontres, sans prédestination – si ce n’est celui de notre caractère – et que le bonheur finalement est aussi un choix. Du moins, la volonté d’être heureux.

Richard Ford, Canada, Points Seuil. Traduit de l’anglais par Josée Kamoun.

Bondoux – Mourlevat, Et je danse, aussi

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Et je danse, aussiUn banc dans le soleil de juin, ce livre Et je danse aussi, entre mes mains. Mon rire qui fuse entre les lignes. Puis une femme à mes côtés, souriante, qui me demande le titre. Un moment heureux, communicatif et partagé, comme les livres peuvent souvent nous les offrir.
Cette correspondance virtuelle entre Pierre-Marie Sotto, écrivain reconnu en panne d’inspiration dans la Drôme et Adeline Parmelan, une admiratrice dans la Sarthe, débute quand cette dernière envoie à l’auteur une grosse enveloppe. Au dos, son adresse mail. Importuné par cette inconnue qui veut sans doute lui faire lire un manuscrit raté de plus, Pierre-Marie n’ouvre pas l’enveloppe et envisage sa réexpédition immédiate. Mais Adeline a plus d’un mot dans son clavier pour le convaincre de la garder un peu. Intrigué par cette femme dont la verve et la joie de vivre semblent communicatives, il décide de se prendre au jeu et de lui écrire encore.
Leur relation épistolaire durera plusieurs mois… au bout desquels sera enfin révélé le contenu de la mystérieuse enveloppe.

Voici un livre rare. Drôle, oui, car la fantaisie est partout et certaines scènes particulièrement cocasses. Bien mené aussi car l’intrigue fonctionne. Mais ce livre suit surtout le mouvement de la vie, ses pleins et ses déliés, son mystère, ses secrets, sa tristesse. L’émotion souvent nous prend par surprise. Et l’on suit ce mouvement comme on danse, en se laissant entraîner par cette douce musique jouée à 4 mains, tendre, humaine et généreuse. Et quand la danse s’arrête, si l’on regrette toujours que ce soit déjà fini, on est simplement heureux de l’avoir partagée.

Sue Townsend, La femme qui décida de passer une année au lit

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Eva, après 17 ans de bons et loyaux services auprès d’un mari volage et de jumeaux surdoués et ingrats, après 17 ans de Noëls parfaits, de maison impeccable et de bienveillance familiale, décide par un matin de septembre, de  se mettre au lit, habillée et chaussée d’escarpins… et d’y rester un an.
On rit beaucoup, notamment grâce à une galerie de personnages truculents hauts en couleur, ceux qui gravitent autour du lit d’Eva, la nourrissent, la comprennent, l’utilisent, l’aiment.
Mais si le titre est léger – rêve secret de beaucoup de femmes – et si certaines situations sont d’un ridicule hilarant, ce roman n’en est pas moins grave : Eva s’arrête, se couche et attend, aux limites d’une dépression qui semble évoluer au fil des pages. Comment mener sa vie quand elle a passé malgré nous, comment y faire face debout en essayant de concilier ce que l’on est et ce que l’on doit être ? Ce roman savoureux laisse un goût légèrement amer mais la fantaisie du ton l’emporte.

Sue Townsend, La femme qui décida de passer une année au lit, traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau, 10/18

David Foenkinos, Charlotte

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Charlotte, c’est un coup de foudre artistique. Un amour presque obsessionnel, un besoin inéluctable pour l’auteur de faire entendre la voix de cette jeune peintre juive allemande, morte à 26 ans dans un camp de concentration. Charlotte, c’est un livre écrit avec le cœur. Hanté par le sort de cette jeune peintre de talent – solitaire, mélancolique, issue d’une lignée maudite dont tous les membres se suicident, rejetée par son propre peuple puis déportée et assassinée – Foenkinos a décidé pendant de nombreuses années de mettre ses pas dans ceux de la jeune femme, de la rechercher « dans chaque respiration ».
Mais paradoxalement, les moments d’émotion sont rares, retenus sans doute par la forme : des phrases courtes les unes sous les autres, dont l’auteur explique le parti-pris, recréer son essoufflement, sa difficulté à écrire ce livre. Ces phrases inégales, nous laissent le souffle court justement, trop souvent arrêté, là où l’on voudrait être emporté. Là où l’on attend de la poésie et de la fiction, qu’elle magnifie la biographie.
L’auteur fait peu de références, dans ce roman, à la peinture de Charlotte Salomon, au bouleversement artistique qui précéda l’écriture. En revanche, vers la fin du livre, quand il tente d’appréhender son génie, les phrases courtes traduisent parfaitement sa façon de travailler, frénétique, urgente, condamnée. Maladroit, ce roman n’en reste pas moins touchant… comme le sont parfois les déclarations d’amour.

David Foenkinos, Charlotte, Gallimard

Patrick Modiano, Villa Triste

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Il est un peu triste en effet, ce souvenir-là, ce retour du narrateur sur les bords d’un lac en Suisse où il passa l’été de ses 18 ans. Comme est toujours empreinte de tristesse, l’envie de faire revivre, le temps d’un roman, les fantômes d’un passé à peine vécu, déjà échappé.
Victor Chmara, comme il se faisait appeler, a quitté Paris pour échapper à la Guerre d’Algérie. La peur au ventre, il se cache dans une pension de famille tranquille en Suisse quand il rencontre Yvonne, une actrice en devenir, et René, médecin, peut-être. Le temps d’un été, Chmara goûte l’indolence de la folle jeunesse, se prend à rêver d’amour avec Yvonne en Amérique, oublie la peur panique des nuits de solitude.
Douze ans plus tard, il se souvient de cet été-là et le regarde, comme derrière une vitre dépolie qui en floute les contours. Il ne lui reste que la légèreté d’une robe de mousseline verte, une photographie usée, la sensation d’une caresse sur la paume. Yvonne a disparu, René aussi. Et lui d’une certaine manière, qui usurpa son identité. Les personnes que l’on aime sont des âmes errantes prisonnières de nos souvenirs – cette villa triste- impossibles à attraper, si ce n’est le temps d’une image, d’un parfum. Il faut repartir alors là où nous les avons connus, pour que leur image se fasse plus nette. Mais, même en arpentant ces lieux dont beaucoup ont disparu, on ne parvient jamais à les retenir. Et l’on entend dans ces mots, la musique de Modiano, lente, qui distille sa douce nostalgie. Des notes sur lesquelles marchent, comme sur un fil, ses personnages abîmés, exilés, qu’il sait regarder et faire revivre avec bienveillance. Ses personnages qui ne hantent pas nos souvenirs mais qui deviennent, grâce à lui, les compagnons de nos rêves éveillés.

« Sa peau avait pris une teinte opaline. L’ombre d’une feuille venait tatouer son épaule. Parfois elle s’abattait sur son visage et l’on eut dit qu’elle portait un loup. L’ombre descendait et lui bâillonnait la bouche. J’aurais voulu que le jour ne se levât jamais, pour rester avec elle recroquevillé au fond de ce silence et de cette lumière d’aquarium.»

Patrick Modiano, Villa Triste, Folio

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